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Griffintown: à la recherche d'une ville perdue

Par Stéphanie Lalut


Dans la Cité du multimédia, où le coeur de Montréal bat au rythme des kilobits et où les plus beaux paysages se dessinent en HTML, dort Griffintown. Pendant un siècle, entre les rues Notre-Dame, McGill et Guy, des milliers d’Irlandais ont habité ce quartier ouvrier. Griffintown n’est plus qu’un souvenir flou dont quelques anciens racontent la triste histoire, la nuit de la Saint-Patrick.


L’Histoire

Les Irlandais étaient arrivés au Canada, poussés par la grande famine de 1847: l'année précédente, un champignon a ravagé toutes leurs récoltes de patates. Celles-ci moisissent dans les champs et ceux qui arrivent à en manger tombent malades du choléra. Les Irlandais n’ont plus d’argent pour payer leurs loyers aux propriétaires britanniques. Deux millions meurent, 500 000 quittent l’Irlande.

La plupart préfèrent les États-Unis. Plusieurs partent tout de même pour le Canada. Ceux qui survivent au voyage dans les " tombeaux flottants " et à la quarantaine sur Grosse-Ile (http://www.pc.gc.ca/lhn-nhs/qc/grosseile/natcul/natcul1b_F.asp) s’installent près du port de Montréal. On a besoin de main-d’oeuvre bon marché que ces immigrants sans le sou sont prêts à offrir. Ils travaillent dans la construction du canal Lachine, du pont Victoria (1860) et des voies de chemin de fer.

Quelques mètres à peine au-dessus du fleuve, ils s’entassent dans des maisons de fortune. Pas de toilettes, pas d’égoût et des salaires de misère. Des conditions difficiles pour les familles nombreuses qui en plus, doivent subir les inondations du fleuve et des incendies réguliers, dont celui de 1852 qui laisse plus de 500 familles à la rue.

Au début du siècle dernier, ils étaient encore des dizaines de milliers. Aujourd’hui, il n’y a plus personne à Griffintown.


La visite

Je suis arrivée par le métro Square-Victoria, le coté nord du quartier. La rue McGill, limite Est du " Griff ", est animée. Cafés, restaurants, boutiques. Pour être certaine de ne rien manquer, je parcours en ziz-zag de long en large toutes les rues : King, Queen, Prince, Duke. Entre les stationnements bétonnés, des nouveaux lofts " avec vue sur le fleuve " et quelques maisons de productions média, rien n’indique un passé irlandais… ni même un passé tout court!

Quelques bâtiments de briques rouges, où on peut discerner les noms de vieilles compagnies peintes sur la facade, ne donnent aucun repère sur l’époque de leur construction. Seule la caserne de pompiers transformée en édifice de la ville de Montréal porte encore son nom. Je cherche un indice, un symbole qui me confirmerait l’existence de Griffintown. J’aurais probablement plus de chance de trouver un trèfle à quatre feuilles. Je débouche sur la rue de la Montagne. Enfin, une pancarte touristique de Montréal.

Devant mes yeux s’élève l’église St.Ann, le coeur de Griffintown. Avec sa tour bombée et ses immenses fenêtres, elle a fière allure. J’entre facilement bien qu’il soit déjà tard. Dommage que je sois en train de courir dans des ruines: St.Ann a été démolie en 1970 et la photo que j’admire vient des archives du Musée McCord. C’est maintenant le parc Griffintown- St.Ann.

Griffintown n’est pas morte de façon naturelle, elle a été euthanasiée. En 1963, le secteur est rezoné district industriel. Pour les fonctionnaires de Montréal, Griffintown est un taudis. L’histoire se répète. On expulse encore, cette fois pour l’autoroute. En 1990, les fonctionnaires rebaptisent le quartier : Faubourg-des-Récollets, en l’honneur des premiers missionnaires venus en Nouvelle-France.

Le 26 août dernier, lors de la fête de Ste-Anne, les derniers survivants de Griffintown se sont réunis sur le site de l’église pour une messe. Ces Irlandais vieillissants reviennent chaque année sur le lieu qui les a vus naître. Ils entretiennent la mémoire de leur ville, conscients que chaque année qui passe les rapproche de la dernière fois.

Comme une vieille photo d’adolescence ingrate, Griffintown est maintenant inhumée loin derrière, avec un nouveau nom de scène, sous le joli maquillage des immeubles d’aluminium. La Boîte Noire s’est installée là, preuve irréfutable du changement de classe. En sirotant mon double expresso, dans un nouveau café sans chaleur, je tends l’oreille. J’imagine maintenant un bruit à peine perceptible. Est-ce le coeur du " Griff "? Peut-être bat-il encore?

 

Sur Griffintown :


 

Ce texte a été mis en ligne en janvier 2005.
 
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