Rue
Sherbrooke, un tic-tac pæarvient à l'oreille
du promeneur. Durant un bref instant, il panique à
l'idée qu'il se trouve peut-être en présence
d'une bombe. Une goutte de sueur perle sur son front. Ouf
! Soulagé, il découvre qu'il se tient devant
le Musée de l'horlogerie et des Antiquités.
Un endroit qui explose d'objets de valeur. «Ne vous
gênez surtout pas et faites le tour de mes merveilles
et richesses», me lance le propriétaire et
unique employé du Musée, Jacob Bensimhon.
L'homme dans la soixantaine au regard perçant se
fait une joie d'accueillir chaque visiteur avec une phrase
de bienvenue. À l'entrée de la pièce
unique, deux chaises sont disposées afin que les
gens qui le souhaitent s'assoient pour faire un brin de
jasette avec le propriétaire. Après avoir
fait le tour de l'endroit, monsieur Bensimhon pointe un
des sièges et m'invite à y prendre place.
Je l'interroge sur tous les aspects de l'horlogerie. Le
«Musée» c'est d'abord et avant tout l'homme
qui est assis face à moi.
Mémoire
de collectionneur
Parmi la multitude d'objets, mon regard se pose d'abord
sur une imposante lampe de teinte dorée qui doit
faire près de cinq pieds de hauteur. «C'est
une lampe qui provient du Moyen-Orient, m'explique mon interlocuteur.
On m'a informé qu'il y en a une semblable au Musée
du Québec». Dans le Musée de l'horlogerie
et des Antiquités, chaque objet a sa propre histoire
et le propriétaire les connaît toutes. Fils
de tailleur, Jacob Bensimhon a d'abord été
mécanicien automobile dans son pays d'origine, le
Maroc. Puis il s'installe à Montréal, où
il débute sa collection dans les années 1970.
C'est suite à une anecdote, que celui-ci devient
collectionneur ; «Lorsque j'étais enfant, il
y avait dans la chambre de mes parents deux horloges que
je trouvais très belles et que je m'amusais quotidiennement
à faire sonner. Un jour, je me rends à une
vente aux enchères et je vois deux horloges identiques
à celles que possédaient mes parents. J'ai
tout de suite pensé qu'un de mes frères avait
vendu les biens familiaux. J'ai acheté une des horloges
et j'ai immédiatement téléphoné
à ce dernier pour lui dire des bêtises. Mais
il n'avait rien vendu». De ce coup de foudre pour
une horloge va naître une passion pour divers objets,
mais principalement pour les horloges et les montres. Fiers
de tous les objets qu'il a acquis au cours des années,
monsieur Bensimhon explique que pour devenir collectionneur
il faut lire, dépenser, connaître et s'éduquer.
«C'est l'amour des objets et le plaisir de la découverte
qui poussent les gens à collectionner», souligne
avec un brin de nostalgie celui qui se dit épuisé
après une vingtaine d'années à courir
de gauche à droite.
Au-delà
dela passion ; la formation
Lorsqu'il parle de sa première passion, les horloges,
les yeux de Jacob Bensimhon s'illuminent et ses longs doits
fins s'agitent ; «en Europe, et surtout en Suisse,
le métier d'horloger a ses lettres de noblesse. Ici
la formation n'est même pas offerte». En effet,
sur le continent européen, la formation d'horloger
nécessite un dur labeur de sept ans. Le propriétaire
se dirige derrière l'un des deux imposants comptoirs
remplis de montres et me fait voir une montre de poche de
l'horloger Louis Roskoff qui date de 1906. «Roskoff
a fait baisser le prix des montres en fabriquant un modèle
pour le peuple», raconte Bensimhon. «À
cette époque-là, il n'y avait pas encore le
digital'qui a carrément tué le marché»,
rétorque celui qui préfère ne pas avoir
l'heure qu'avoir au poignet une montre digitale.
Investissement
à long terme
Selon le propriétaire du musée, qui effectue
également des réparations de montres et d'horloge
ainsi que des évaluations d'antiquités, le
«business» n'est plus ce qu'il était.
Et les attentats du 11 septembre n'ont pas aidé le
marché ; «avec tout ce qui s'est passé
cet automne, il y a moins d'argent qui circule, la clientèle
est plus endettée et certains ont même perdu
leur emploi», précise-t-il. Dans le Musée
de l'horlogerie et des Antiquités, tout est à
vendre à l'exception du propriétaire. Toutefois
il faut être prêt à payer le prix. «Combien
pour cette table ? demande une cliente, 7 500 dollars»,
lui répond le collectionneur. Celui-ci se tourne
vers moi et dit à voix basse ; «pour être
collectionneur, il ne faut pas seulement être connaisseur,
il faut du foin».
De
tout pour tous les goûts
Véritable paradis pour les amateurs d'objets anciens
de tout genre, le musée possède une grande
variété d'articles ; parcomètre, service
de vaisselle en porcelaine, tableaux, bijoux, caméra
super 8, baromètre, boutons de manchettes, etc. Il
faut toutefois s'y rendre pour admirer les nombreuses horloges
qui font une symphonie avec leur tic-tac. Celles-ci indiquant
des heures différentes, il y a un carillon qui sonne
à tous les quarts d'heure. Si vous êtes chanceux,
le sympathique propriétaire vous dévoilera
peut-être un de ses trésors ; une horloge datant
d'avant 1800. Après plusieurs années
passées dans ce bruit d'ambiance, Jacob Bensimhon
dit ne plus entendre le tic-tac constant de ses horloges.
Et un jour les pendules s'arrêteront définitivement,
car si le dévoué employé du Musée
de l'horlogerie et des Antiquités ne souhaite pas
prendre sa retraite au cours des prochains mois, il n'y
a actuellement aucune relève pour assurer la survie
de l'endroit. «Être collectionneur, c'est le
travail d'une vie et comme je n'ai pas pu faire des études,
je souhaitais que mes enfants poursuivent des études
universitaires». Sait-on jamais peut-être le
Musée du Québec ou un autre amateur fera l'acquisition
de cette imposante collection.
Le Musée de l'horlogerie et des Antiquités
est situé à Montréal, dans le quartier
Notre-Dame-de-Grâce
5620, Sherbrooke ouest,
Tel 484-1230.
Ouvert du lundi au samedi de 11h à 16h.
Si l'horlogerie vous intéresse, voici quelques sites
Internet intéressants : L'horlogerie suisse
http://www.horlogerie-suisse.com
Pour suivre un cours d'horlogerie 101 et afin d'accéder
à de nombreux liens vers les principaux horlogers.
Musée International d'horlogerie
http://www.mih.ch
Le site Internet du plus imposant musée de l'horlogerie
au monde. On peut y découvrir les expositions permanentes
et temporaires. La compagnie TAG Heuer
http://www.tagheuer.com
Ce géant de la montre et du chronomètre qui
existe depuis 1860, présente aux amateurs de montre
sportive tous ces modèles. On y trouve aussi un glossaire.
L'horloger Thierry Gibernon
http://www.le-garde-temps.fr
Thierry Gibernon, horloger qui s'annonce comme le «meilleur
ouvrier de France répond aux questions des internautes.
L'Association française des amateurs d'horlogerie
ancienne
http://www.afaha.com
Cette association publie semestriellement une revue où
l'on trouve des articles de spécialistes sur des
sujets tels l'histoire, la technique et la décoration
de l'horlogerie. On peut consulter les archives dans leur
site internet.
La Passion des montres
http://www.chronomania.net
Pour les passionnés de montre ou les simples curieux,
un site entièrement destiné à la montre.
Imposante bibliographie en ligne.