Si le lait évoque pour vous la campagne
et ses paysages bucoliques, eh bien détrompez-vous.
Le lait, à Montréal, a une histoire et un
patrimoine industriel. LÉcomusée du
fier monde offre un parcours à la découverte
de ces bâtiments qui autrefois servaient de laiterie.
Un parcours peu banal dans les rues de Montréal.
Le point de départ de cette tournée
du patrimoine laitier est un observatoire dans le Vieux-Port,
situé tout au bout du Centre des sciences. Le point
de vue est imprenable. Dun côté, le spectacle
danciens magasins-entrepôts de style victorien
et du Marché Bonsecours, le marché local au
début du siècle dernier. De lautre,
le pont Victoria, premier lien entre l'île de Montréal
et le rivage voisin, qui assurait le transport ferroviaire
du lait de la ferme à la ville.
Si le contact entre les vaches et les habitants
de Montréal devient presque inexistant vers la fin
du XIXe siècle, le lait reste
tout de même un aliment de tous les jours. Le problème
de la contamination du lait apparaît donc et savère
encore plus dramatique lété, au moment
où la température favorise la prolifération
bactérienne. Le bacille de Koch, responsable
de la tuberculose, fait du lait son nid douillet. Le lait
souffre alors dune mauvaise réputation car
les scientifiques, avec raison, mettent sur le dos de sa
consommation le haut taux de mortalité infantile.
Pour éviter la contamination, certains
fermiers entreposent leurs barils dans le ruisseau afin
de le conserver à une température plus fraîche.
Du côté des laitiers, ils sont de plus en plus
nombreux à réfrigérer leur lait.
Cest le cas de la Montreal Dairy,
deuxième arrêt au parcours du patrimoine laitier.
Cette laiterie, fondée en 1906, construit sa première
usine en 1911 sur un terrain de la rue Papineau. Il est
toujours possible dapercevoir le nom inscrit sur le
haut de la porte principale.
Imaginez lentreprise dhier :
la grandeur des bureaux modernes, lodeur stérile
de la salle de lavage, le ronron de lentrepôt
réfrigéré et de la glacière
qui ravitaillait en glace les laitiers, latelier bruyant
destiné à la fabrication des voitures et la
bâtisse pour engranger le foin. Le cheval à
cette époque demeure le transport idéal pour
la distribution puisque, à chaque arrêt, le
laitier distribue les bouteilles à plusieurs clients
à la fois et lanimal, le suivant assidûment,
lui évite un constant aller-retour entre la charrette
et le seuil des portes.
Plusieurs entreprises laitières
occupent tour à tour les bâtiments du 4164
et 4166 rue Parthenais. Cest le troisième arrêt
du circuit. La laiterie De Tilly est larchétype
même de lentreprise familiale remplissant deux
fonctions; industrielle au premier plancher et résidentielle
aux étages supérieurs. Deux ans seulement
après son ouverture en 1925, elle est vendue et les
propriétaires, les quatre frères De Tilly,
deviennent associés de La Ferme St-Laurent, née
dun rassemblement de petits laitiers et de leur tirelires.
Ensemble, ils achètent un système de pasteurisation
pour se conformer à la loi sur la pasteurisation
adoptée le 1er mai 1926.
Un lait plus sécuritaire
Cette loi marque un tournant. La pasteurisation
est un véritable enjeu politique s'étalant
sur presque 10 ans. Les réformistes, pour des raisons
de santé publique, étaient en faveur du règlement
alors que les populistes, pour des raisons économiques,
étaient contre. Une fois ce règlement adopté,
le coût de léquipement de pasteurisation
complique la vie aux petites entreprises. Naissent alors
quelques coopératives dont La ferme St-Laurent, à
la fois une usine de pasteurisation et une chambre froide,
située sur la rue Garnier. Cette entreprise, qui
a été lune des plus importantes usines
de transformation, est aujourdhui fermée et
un groupe religieux occupe une partie du bâtiment.
À partir du moment où boire
du lait devient plus sécuritaire, limage de
ce produit change du tout au tout. Des chimistes, des médecins
et des nutritionnistes en favorisent à nouveau la
consommation. Ces spécialistes essaient dhabiles
tactiques dont la dégustation de nouvelles recettes
tel que le désormais célèbre macaroni
au fromage.
Cette tournée de cinq bâtiments
s'achève par lentrepôt réfrigéré
de Natrel, bâti en 1968 par La Ferme St-Laurent. Ce
dépôt à lait a permis de regrouper au
même endroit tout ce qui concerne la distribution.
Cest le seul endroit visité lors de ce circuit
où le métier de laitier existe toujours.
La visite des édifices qui témoignent
du patrimoine laitier montréalais est rendue possible
par lÉcomusée du fier monde, mais a
le défaut de ressembler à une commande de
lAssociation québécoise pour le patrimoine
industriel (AQPI). Cet organisme, une sorte de vigile du
patrimoine bâti, a pour mandat de faire la promotion
du patrimoine industriel... et de sa conservation.
Pour en savoir plus :