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La belle histoire du lait

Par Andréanne Aubin


Si le lait évoque pour vous la campagne et ses paysages bucoliques, eh bien détrompez-vous. Le lait, à Montréal, a une histoire et un patrimoine industriel. L’Écomusée du fier monde offre un parcours à la découverte de ces bâtiments qui autrefois servaient de laiterie. Un parcours peu banal dans les rues de Montréal.

Le point de départ de cette tournée du patrimoine laitier est un observatoire dans le Vieux-Port, situé tout au bout du Centre des sciences. Le point de vue est imprenable. D’un côté, le spectacle d’anciens magasins-entrepôts de style victorien et du Marché Bonsecours, le marché local au début du siècle dernier. De l’autre, le pont Victoria, premier lien entre l'île de Montréal et le rivage voisin, qui assurait le transport ferroviaire du lait de la ferme à la ville.

Si le contact entre les vaches et les habitants de Montréal devient presque inexistant vers la fin du XIXe siècle, le lait reste tout de même un aliment de tous les jours. Le problème de la contamination du lait apparaît donc et s’avère encore plus dramatique l’été, au moment où la température favorise la prolifération bactérienne. Le bacille de Koch, responsable de la tuberculose, fait du lait son nid douillet. Le lait souffre alors d’une mauvaise réputation car les scientifiques, avec raison, mettent sur le dos de sa consommation le haut taux de mortalité infantile.

Pour éviter la contamination, certains fermiers entreposent leurs barils dans le ruisseau afin de le conserver à une température plus fraîche. Du côté des laitiers, ils sont de plus en plus nombreux à réfrigérer leur lait.

C’est le cas de la Montreal Dairy, deuxième arrêt au parcours du patrimoine laitier. Cette laiterie, fondée en 1906, construit sa première usine en 1911 sur un terrain de la rue Papineau. Il est toujours possible d’apercevoir le nom inscrit sur le haut de la porte principale.

Imaginez l’entreprise d’hier : la grandeur des bureaux modernes, l’odeur stérile de la salle de lavage, le ronron de l’entrepôt réfrigéré et de la glacière qui ravitaillait en glace les laitiers, l’atelier bruyant destiné à la fabrication des voitures et la bâtisse pour engranger le foin. Le cheval à cette époque demeure le transport idéal pour la distribution puisque, à chaque arrêt, le laitier distribue les bouteilles à plusieurs clients à la fois et l’animal, le suivant assidûment, lui évite un constant aller-retour entre la charrette et le seuil des portes.

Plusieurs entreprises laitières occupent tour à tour les bâtiments du 4164 et 4166 rue Parthenais. C’est le troisième arrêt du circuit. La laiterie De Tilly est l’archétype même de l’entreprise familiale remplissant deux fonctions; industrielle au premier plancher et résidentielle aux étages supérieurs. Deux ans seulement après son ouverture en 1925, elle est vendue et les propriétaires, les quatre frères De Tilly, deviennent associés de La Ferme St-Laurent, née d’un rassemblement de petits laitiers et de leur tirelires. Ensemble, ils achètent un système de pasteurisation pour se conformer à la loi sur la pasteurisation adoptée le 1er mai 1926.


Un lait plus sécuritaire

Cette loi marque un tournant. La pasteurisation est un véritable enjeu politique s'étalant sur presque 10 ans. Les réformistes, pour des raisons de santé publique, étaient en faveur du règlement alors que les populistes, pour des raisons économiques, étaient contre. Une fois ce règlement adopté, le coût de l’équipement de pasteurisation complique la vie aux petites entreprises. Naissent alors quelques coopératives dont La ferme St-Laurent, à la fois une usine de pasteurisation et une chambre froide, située sur la rue Garnier. Cette entreprise, qui a été l’une des plus importantes usines de transformation, est aujourd’hui fermée et un groupe religieux occupe une partie du bâtiment.

À partir du moment où boire du lait devient plus sécuritaire, l’image de ce produit change du tout au tout. Des chimistes, des médecins et des nutritionnistes en favorisent à nouveau la consommation. Ces spécialistes essaient d’habiles tactiques dont la dégustation de nouvelles recettes tel que le désormais célèbre macaroni au fromage.

Cette tournée de cinq bâtiments s'achève par l’entrepôt réfrigéré de Natrel, bâti en 1968 par La Ferme St-Laurent. Ce dépôt à lait a permis de regrouper au même endroit tout ce qui concerne la distribution. C’est le seul endroit visité lors de ce circuit où le métier de laitier existe toujours.

La visite des édifices qui témoignent du patrimoine laitier montréalais est rendue possible par l’Écomusée du fier monde, mais a le défaut de ressembler à une commande de l’Association québécoise pour le patrimoine industriel (AQPI). Cet organisme, une sorte de vigile du patrimoine bâti, a pour mandat de faire la promotion du patrimoine industriel... et de sa conservation.

 

Pour en savoir plus :


Ce texte a été mis en ligne en juin 2005.
 
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