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Le Club de minéralogie, tel un trésor au fond d'une mine

Par Stéphanie Lalut
Agence Science-Presse

Lundi soir, 20h. L'autobus 138 direction nord, me laisse en face d'une obscure cour d'école, coin Viau et St-Zotique. À l'intérieur de ce qui est maintenant le centre des loisirs Alphonse-Desjardins, se tient une partie de hockey musclée. On y offre un cours de danse sociale. Et au deuxième étage, tel un trésor au fond d'une mine, se cachent les locaux du Club de minéralogie de Montréal.

André Berard, trésorier du club, badge brun année 80 avec son nom sur le coeur, m'accueille chaleureusement. D'un côté, un groupe s'affaire à comparer ses trouvailles de la semaine en se racontant les dernières nouvelles. Ailleurs, nez dans le microscope, d'autres prennent des notes et identifient leurs échantillons. L'ambiance est chaleureuse et conviviale.

Pour les minéralogistes en herbe ou plus expérimentés, la recherche des minéraux est avant tout une énorme chasse au trésor. Chaque été, le club organise une vingtaine d'expéditions dans des carrières à l'extérieur de Montréal, plus particulièrement celle de St-Hilaire. Ouvertes à toute la famille (âge minimum de 14 ans), elles permettent d'avoir de quoi analyser pour les longues soirées d'hiver. Armés de bottes de construction et d'équipement de recherche, les membres sont lâchés sur le site pour une recherche effrénée du parfait spécimen qui complétera leur collection. Le succès dépend de l'instinct, de la chance et… de la force physique du chercheur (c'est fatigant, soulever des centaines de roches pendant toute une journée!).


A quoi jouent-ils?

Qu'est ce qu'il peut bien y avoir de si excitant à jouer dans la boue et les cailloux ? " Il faut avant tout avoir une âme d'enfant pour vraiment apprécier la recherche, lance Jean-Pierre Lefebvre, le président du club. Imagines-toi dans une carrière, ton pic à la main. Tu peux déjà sentir que quelque part, il y a un trésor qui est là, juste pour toi, et qui attend que tu le découvres depuis plus de 70 000 ans. " Professeur de comptabilité au HEC, M. Lefebvre a même créé un séminaire de budgétisation dans le but de pouvoir l’exporter… et ainsi, voyager vers des régions riches en minerais, notamment l’Afrique!

La passion des pierres ne se fait pas uniquement sentir sur le terrain. Elle se retrouve jusque dans la poésie. André Patry, auteur et collectionneur en a même fait un recueil de textes, Ces pierres qui me parlent, aux éditions Carte Blanche. Il y parle des pierres comme on parlerait de la photo d’une femme longtemps aimée. " Turquoise : Le morceau que je regarde est très léger et sa couleur hésite entre le bleu et le vert. Il évoque beaucoup; il affiche peu. Il est étranger à sa légende, mais l’entretient dans mon esprit. "

Il faut dire qu’ici, les histoires de roches pourraient passer pour des histoires de pêche. Quand on n’est pas en train de discuter du minéral lui-même, on compare son équipement, (un des membres était sur le point de faire l’acquisition d’un microscope électronique de la grosseur d’un bureau), discute voyages à planifier, projets et nouvelles découvertes.

Le premier local, de format modeste, accueille la très grande collection de minéraux du Club. Plus de 2500 échantillons de toutes sortes sont en vitrine, dont plus de 400 découverts pour la première fois au Québec. On peut même y voir de l’or brut (qui est jaune poussin) et le comparer à la pyrite, ce métal rapporté par erreur par Jacques Cartier en France… qui, finalement, ne lui ressemble en rien! Chaque minerai est classé par catégorie, ce qui permet de comparer les différentes formes et couleurs. Tout cela sonne un peu comme du chinois, mais M. Berard assure qu’on apprend très vite à reconnaître et différencier les spécimens.

On peut aussi jeter un coup d’oeil à la grande bibliothèque de référence ainsi qu’à la section Fossiles. Et s'étonner au passage de la variété des minéraux dans notre vie quotidienne: du gypse dans les murs de gyprock, en passant par la bauxite dans les feuilles d’aluminium et le talc dans le maquillage, et bien sûr le fluor dans la pâte dentifrice!


25 ans de passions

Entre une discussion sur les fermetures de mines au Québec et la fameuse chasse au diamants qui se poursuit dans le Nord, je m’arrête devant une dame qui semble faire fonctionner un tourne-disque. C’est plutôt un appareil qui permet de tailler les cristaux et pierres précieuses et semi-précieuses. Les membres du Club peuvent l’utiliser pour fabriquer leurs propres bijoux ou pour mettre en valeur les pierres trouvées. La patience est de mise pour ce long processus de sablage, mais les résultats sont vraiment superbes, comme j’ai pu le constater avec envie en voyant une aigue-marine taillée sur place trôner dans les présentoirs comme un véritable joyau de la couronne.

Le club possède aussi un atelier dans une pièce adjacente remplie de machines, la plupart construites sur mesure par les membres du Club eux-mêmes, qui permettent de tailler et polir les pierres. Des cours gratuits sont offerts aux membres par d’autres membres bénévoles plus expérimentés. On y retrouve aussi une mini-exposition de bijoux et créations artistiques réalisés sur place.

Le Club de Minéralogie fête ses 25 ans cette année et de grands espoirs sont sur la table pour améliorer sa visibilité. Des négociations sont en cour avec la Commission scolaire de Montréal, qui fournirait de nouveaux locaux en échange de formation pour les étudiants du primaire et du secondaire. Aux yeux d'André Quevillon, le vice-président du club, Montréal ne possédant pas de musée des sciences de la nature proprement dit, l’accès aux ressources du club rendra l’apprentissage plus enrichissant que les manuels scolaires. Le club prévoit aussi négocier un accès à l’ancienne carrière Miron-Francon pour y poursuivre sa recherche de nouveaux minéraux. On s’active aussi à préparer l’exposition du Club du mois de mai, " Le sous-sol québécois : notre richesse ", qui devrait mettre à contribution les différentes entreprises québécoises oeuvrant dans le secteur des matières minérales, tels l’aluminium ou le cuivre. Pour la somme de 24$, forfait familial, les membres du Club ont accès aux locaux les lundis et mercredis, de 19h30 à 22h30, un abonnement au " Filon " le bulletin du Club, l’accès aux excursions, etc. De quoi satisfaire le chercheur de trésors en vous.

 

Site internet : www.clubmineralogiemtl.com
Tél : (514) 729-6416
Fax : (450) 964-4226

Adresse civique:
Centre Alphonse-Desjardins,
6755, 36e Avenue, (angle Viau et St-Zotique),
2e étage, local 18,
Montréal, Qué.

Adresse postale:
Le Club de minéralogie de Montréal,
C.P. 305, succ. St-Michel,
Montréal, Qué. H2A 3M1
Courriel : cmm@archambault.net

 

Ce texte a été mis en ligne en décembre 2002.
 
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