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La géologie du Mont-Royal
Une recette de cuisine aux épices tropicales

Par Sarah-Catherine Lacroix


Lorsqu’on évoque le Mont-Royal, on pense à ses belvédères qui nous offrent une vue imprenable sur Montréal, à sa fameuse croix illuminée ou à son non moins illustre architecte paysager, Frederick Law Olmsted (dont l’œuvre la plus connue est sans conteste l’aménagement de Central Park à New York). Si on a vécu notre adolescence à Montréal, il y a de fortes chances que l’évocation de la montagne fasse plutôt surgir en nous de voluptueux souvenirs automobiles ! En 2001, la ville de Montréal fêtait les 125 ans du parc du Mont-Royal. Mais la montagne comme telle existait évidemment depuis des millions d’années... Grâce à une randonnée pédestre d’environ 2 heures, intitulée Des millions d’années sous vos pieds, le Centre de la Montagne nous invite à remonter dans le temps à travers la géologie du célèbre mont, pour comprendre sa formation.

D’entrée de jeu, Jean-Michel, le guide de la randonnée, pose la fameuse question qui brûle les lèvres de la dizaine de participants attroupés autour de lui : " le Mont-Royal est-il un ancien volcan? " " Oui… non…noui" Le groupe est partagé et assurément indécis, mais il veut savoir! Jean-Michel, par contre, ne semble pas pressé de nous donner la réponse. Il nous invite plutôt à le suivre sur le sentier, pour découvrir nous-mêmes les indices qui permettront de répondre à la question.


Premier arrêt

À peine la visite entamée, notre guide se poste près d’une paroi rocheuse et teste nos connaissances géologiques. Une femme énumère passionnément et sans peine les trois grandes familles de roches : les roches sédimentaires, magmatiques (ignées) et métamorphiques. Pour ma part, je ne m’y connais pas du tout en cailloux! Et à part quelques férus de géologie, la majorité du groupe semble être dans ma situation.

Après nous avoir appris que la montagne est constituée des trois grandes familles de roches, Jean-Michel entreprend de nous expliquer ce qui les distingue les unes des autres. " La géologie, nous dit-il, est une grande recette de cuisine qui nécessite des milliers, voir des millions d’années. Comme pour un plat, il faut mélanger des ingrédients et parfois les faire cuire. " Rigolo, ce guide!

Pour les roches sédimentaires, comme le calcaire, étalez successivement différentes couches de débris variés et quelques morceaux d’animaux. Ne pas cuire, simplement laisser compacter pendant des millions d’années. Pour faire des roches magmatiques, mélangez des débris d’écorce terrestre, des silicates et des gaz et faites-en une soupe en fusion (communément appelée magma). Laissez refroidir le magma doucement au four (sous terre) pour obtenir des roches magmatiques intrusives, comme le granite ou le gabbro. Pour des roches volcaniques, versez la soupe en fusion pour la faire refroidir à l’air, à la manière de la tire d’érable sur la neige. Enfin, pour des roches métamorphiques, prenez des roches existantes, déposez-les dans une cocotte-minute à très haute température et sous très forte pression (c’est l’effet produit par la remontée du magma faisant pression sur les roches avoisinantes). Ce type de cuisson changera la composition des roches, transformant ainsi le calcaire en marbre, comme la crème en beurre. Hmm… J’ai faim!


Deuxième arrêt

Notre visite se poursuit par un arrêt à l’arrière du chalet principal, où notre guide nous demande de bien regarder les murs de l’édifice. Les pierres dont ils sont constitués proviennent des alentours du Mont-Royal et nous donnent un indice supplémentaire pour comprendre l’histoire géologique du mont. Si on observe de près, on remarque que les différentes pierres renferment certains fossiles, notamment de coquillages. Il y a 400 millions d’années, la ville de Montréal était recouverte d’une mer tropicale et située dans l’hémisphère sud. Dommage qu’il y ait eu déplacement des plaques tectoniques!

C’est un groupe maintenant légèrement confus qui se dirige vers le belvédère du chalet. Le Mont-Royal est-il un ancien volcan ? Je ne comprends plus rien! " " Patience ", nous dit Jean-Michel.

Retour en arrière. Donc, il y a environ 600 millions d’années, une mer tropicale recouvrait Montréal. Pendant une "courte" période d’environ 300 millions d’années, différents sédiments se déposent dans le fond de cet océan: ce sont aujourd'hui nos roches sédimentaires. Puis, l’océan se retire, faisant apparaître les calcaires, qu'il soumet ainsi aux intempéries et à l’érosion. Il y a 125 millions d’années, une remontée de magma fracture les couches sédimentaires, mais ne parvient pas à atteindre la surface des calcaires qui font plus de 2 kilomètres d’épaisseur. Le Mont-Royal n’existe toujours pas.

Il faudra encore plusieurs millions d’années d’érosion et une glaciation pour que les Montérégiennes, un chapelet de 10 collines incluant le Mont-Royal, mais aussi les monts St-Hilaire, Saint-Bruno et Yamaska, apparaissent. Ça y est, nous venons d’obtenir la réponse à notre question. La remontée de magma n’a jamais réussi à atteindre la surface du Mont-Royal, celui-ci n’a donc jamais été un volcan.

Le magma resté sous terre s’est solidifié en gabbros, un type de roches magmatiques qui forment le noyau de la montagne. Du magma sous pression a aussi poussé le calcaire, l’a fracturé par endroit et s’y est infiltré pour former des filons verticaux au travers de celui-ci. La chaleur et la pression de ces jets de magma, ont également modifié par endroit le calcaire en contact avec les parois des fissures, le transformant ainsi en marbre. C’est ainsi qu’on retrouve des roches des trois grandes familles dans la composition du Mont-Royal.


À la chasse aux filons

Pour finir la promenade en beauté, Jean-Michel nous entraîne hors du sentier Olmsted, dans les bois, à la chasse aux filons (aussi appelés dykes). Grâce à quelques gouttes d’acide déposées sur les parois que nous rencontrons, il nous explique comment identifier les différents types de roches. Lorsque l’acide (ou le vinaigre) entre en contact avec le calcaire, il provoque une réaction chimique effervescente unique, qui indique une présence de carbonate. Au détour d’un sentier, on apprend à identifier l’herbe à puce et on fait connaissance avec un rocher errant. Appelé bloc erratique, le rocher de gabbro, typiquement gris tacheté de noir et pesant quelque 7000 kg, a probablement été arraché à la face est du Mont-Royal et déposé au hasard sur celui-ci par la fonte du dernier glacier il y a environ 12 000 ans.

Notre périple s’achève finalement à la Maison Smith du Centre de la Montagne, où l’on peut observer de près une partie d’un immense gabbro. À l’extérieur, des familles pique-niquent à l’ombre des arbres centenaires, un homme cuisine sur un barbecue de fortune, des enfants courent sur l’herbe en criant, insouciants des siècles d’histoires qui se dérobent sous leurs pieds. Pour les Montréalais, le Mont-Royal est beaucoup plus qu’un pan de l’histoire géologique de leur ville. Il en est le cœur.

 

Pour plus d’informations :

Centre de la montagne
(514)843-8240
Une carte de randonnée autonome est disponible au coût de 2$ à la boutique du Centre et que des visites guidées sont prévues les 28 août et 11 septembre prochains. Le Centre de la Montagne offre également toute une série de randonnées différentes, pour l’horaire, rendez-vous au www.lemontroyal.qc.ca

 

 

Ce texte a été mis en ligne en septembre 2004.
 
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