Les
mains dans le dos, il baisse la tête. Il sait que
la mort est proche, que bientôt on le décapitera.
Le sang de ce prisonnier sera alors recueilli dans une coupe
et exhibé à la foule réunie sur la
place centrale. Le sang sera bu par le prêtre et quelques
gouttes seront versées sur le sol, garantissant la
fertilité pour le peuple Moche.
À la lisière de la ville de
Trujillo, à 570 km au nord de Lima, la Huaca de la
Luna est l'une des plus célèbres pyramides
Moche. Ce centre funéraire et religieux fait face
au centre administratif et commercial, la Huaca del Sol
(Soleil).
Entre les années 400 et 600, ces deux
huacas (édifice religieux ou sacré) formaient
la capitale de la civilisation Moche. La Huaca del Sol constitue
à elle seule le plus grand édifice préhispanique
d'Amérique du Sud avec ses 40 mètres de haut
sur 340 mètres de long. Et malgré une destruction
partielle, elle dévoile encore sa massive structure
d'adobe réalisée avec 100 millions de briques
de terre séchées au soleil.
L'édification de pareils temples nécessitait
une société hautement hiérarchisée
ayant atteint un grand degré d'organisation. Comme
en témoignent par ailleurs leurs célèbres
céramiques, les Moche avaient atteint un grand développement
architectural, artistique et technologique, n'ayant rien
à envier aux Romains qui, au même moment, voyaient
leur l'Empire s'effondrer en Europe.
La place des sacrifices
Le visiteur entre directement dans la Huaca
de la Luna, par une petite ouverture, sur la place des sacrifices
humains. Il y a 1500 ans, les rares personnes à y
pénétrer utilisaient plutôt une large
rampe d'accès qui les menait directement au sommet.
Ce complexe architectural d'adobe comprend
trois plates-formes et quatre places. À son apogée,
la plate-forme principale mesurait 100 mètres de
large sur les fronts nord et ouest. La façade nord
revêt encore des murales polychromes dédiées
à la plus grande divinité Moche, Ai Apaec
le "Degollador", littéralement le Coupeur de
tête qui était le Dieu des montagnes.
Les fresques reprennent
indéfiniment
sa tête monstrueuse mais le représentent aussi
entier, arborant un couteau dans une main et une tête
décapitée dans l'autre. D'autres figures géométriques
composent également des motifs à têtes
d'oiseaux, de poissons ou de serpents stylisés.
Cet édifice tel qu'on le voit aujourd'hui
est le résultat de différentes constructions
superposées, sur plus de 600 ans. Suivant un calendrier
cérémonial, chaque vieux temple était
enterré pour ériger à son sommet le
nouveau, plus ample et plus élevé.
Pour couvrir l'ancien temple et élever
de nouveaux murs, il fallait des milliers de briques d'adobe.
Cette corvée mobilisait des ouvriers des communautés
proches. Chaque brique exhibait un signe distinct signifiant
que la famille avait "payé" son tribut.
À l'heure actuelle, on a découvert
six édifices superposés cachant les sépultures
d'une partie de l'élite qui gouvernait alors la ville
et l'État Moche. Déjà, en 1899, l'archéologue
allemand Max Uhle avait mis à jour, à proximité
de l'enceinte, plus de 30 tombes. On lui doit beaucoup des
connaissances acquises sur cette civilisation, ainsi qu'au
Péruvien, Rafael Larco Hoyle.
Photos: Isabelle Burgun