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1. Le mausolée d'or
2. Un peuple de bâtisseurs
3. Qui étaient les Moche?

La civilisation oubliée des Mochica
Un peuple de bâtisseurs

Par Isabelle Burgun

Les mains dans le dos, il baisse la tête. Il sait que la mort est proche, que bientôt on le décapitera. Le sang de ce prisonnier sera alors recueilli dans une coupe et exhibé à la foule réunie sur la place centrale. Le sang sera bu par le prêtre et quelques gouttes seront versées sur le sol, garantissant la fertilité pour le peuple Moche.

À la lisière de la ville de Trujillo, à 570 km au nord de Lima, la Huaca de la Luna est l'une des plus célèbres pyramides Moche. Ce centre funéraire et religieux fait face au centre administratif et commercial, la Huaca del Sol (Soleil).

Entre les années 400 et 600, ces deux huacas (édifice religieux ou sacré) formaient la capitale de la civilisation Moche. La Huaca del Sol constitue à elle seule le plus grand édifice préhispanique d'Amérique du Sud avec ses 40 mètres de haut sur 340 mètres de long. Et malgré une destruction partielle, elle dévoile encore sa massive structure d'adobe réalisée avec 100 millions de briques de terre séchées au soleil.

L'édification de pareils temples nécessitait une société hautement hiérarchisée ayant atteint un grand degré d'organisation. Comme en témoignent par ailleurs leurs célèbres céramiques, les Moche avaient atteint un grand développement architectural, artistique et technologique, n'ayant rien à envier aux Romains qui, au même moment, voyaient leur l'Empire s'effondrer en Europe.


La place des sacrifices

Le visiteur entre directement dans la Huaca de la Luna, par une petite ouverture, sur la place des sacrifices humains. Il y a 1500 ans, les rares personnes à y pénétrer utilisaient plutôt une large rampe d'accès qui les menait directement au sommet.

Ce complexe architectural d'adobe comprend trois plates-formes et quatre places. À son apogée, la plate-forme principale mesurait 100 mètres de large sur les fronts nord et ouest. La façade nord revêt encore des murales polychromes dédiées à la plus grande divinité Moche, Ai Apaec –le "Degollador", littéralement le Coupeur de tête– qui était le Dieu des montagnes.

Les fresques reprennent indéfiniment sa tête monstrueuse mais le représentent aussi entier, arborant un couteau dans une main et une tête décapitée dans l'autre. D'autres figures géométriques composent également des motifs à têtes d'oiseaux, de poissons ou de serpents stylisés.

Cet édifice tel qu'on le voit aujourd'hui est le résultat de différentes constructions superposées, sur plus de 600 ans. Suivant un calendrier cérémonial, chaque vieux temple était enterré pour ériger à son sommet le nouveau, plus ample et plus élevé.

Pour couvrir l'ancien temple et élever de nouveaux murs, il fallait des milliers de briques d'adobe. Cette corvée mobilisait des ouvriers des communautés proches. Chaque brique exhibait un signe distinct signifiant que la famille avait "payé" son tribut.

À l'heure actuelle, on a découvert six édifices superposés cachant les sépultures d'une partie de l'élite qui gouvernait alors la ville et l'État Moche. Déjà, en 1899, l'archéologue allemand Max Uhle avait mis à jour, à proximité de l'enceinte, plus de 30 tombes. On lui doit beaucoup des connaissances acquises sur cette civilisation, ainsi qu'au Péruvien, Rafael Larco Hoyle.

 

Photos: Isabelle Burgun

 

 

Ce texte a été mis en ligne en janvier 2004.

 

 
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