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Pilote sur le Saint-Laurent

Par Andréanne Aubin

Les étoiles n’ont toujours pas terminé leur spectacle que François Thériault, pilote sur le Saint-Laurent m’invite à monter à bord d’un navire, le Ypermachos. Il est 3h30. Le fleuve d’un noir profond roule lentement. L’équipage tout sourire nous accueille deux mains sous le bras afin de nous aider à mettre pied sur le pont de ce mastodonte qui accepte 28 166 tonnes en soute. Capitaine, officiers, timonier, cuisinier, ils viennent tous des Philippines et le bateau, lui, de la Grèce, mais comme beaucoup de navires, il a été enregistré aux Bahamas.

Enfant, François Thériault en a vu passer des navires. Sur les berges du fleuve à Lanoraie où il a grandi, devenir marin semblait aller de soi. "C’est comme si d’avoir grandi tout près du fleuve m’avait fermé les yeux sur toute autre possibilité de carrière et j’en suis bien heureux " lance-t-il d’une voix enjouée. Il aime son boulot, c’est évident.

Couloir exigu, escalier abrupt, bruits métalliques et nous voilà à la timonerie. Alors que François prend connaissance des caractéristiques du bateau, de sa provenance, de sa destination, de sa cargaison, le capitaine aux yeux oblongs enfile son une-pièce matelassé. À Montréal, sur cet engin flottant en ce début septembre, on est loin de la chaleur de Manille!

Le Services du trafic maritime autorise le départ. Le remorqueur tire doucement le vraquier gavé de maïs et le Ypermachos, d’un geste plus que lent, entame sur le fleuve un slalom d’une bouée verte à une autre.

Le pourquoi des pilotes

Sur le Saint-Laurent à partir des Escoumins, tout capitaine de navire étranger de 100 pieds et plus doit, en vertu de la loi canadienne, donner la barre à un pilote local pour la sécurité des personnes à bord et celle de l’environnement. Selon Jean Leclerc, historien spécialiste du pilotage sur le Saint-Laurent, le pilote est une vraie carte marine parlante et sans contredit le spécialiste de la voie maritime du Saint-Laurent.

François, lui, est un pro de la partie Montréal-Trois-Rivières. Écueils, hauts-fonds, il les connaît par coeur. Mais quelques paramètres changent d’un voyage à l’autre ; les conditions climatiques, les courants, les glaces, la grandeur et le poids du navire. Parfois cela demande un très haut niveau de concentration alors qu’à d’autres moments, ce n’est que contemplation, surtout au levant d’une journée qui s’annonce ensoleillée.

Le métier de pilote du Saint-Laurent existe depuis belle lurette. Milieu du XVIIe siècle. Le premier pilote officiel du roi de France est Abraham Martin, dit l’Écossais qui a donné son nom aux plaines d’Abraham à Québec. Sous le régime anglais, un cadre réglemente davantage la profession sans toutefois la rendre moins risquée. L’organisation du pilotage jongle à cette époque avec la libre concurrence et de nombreux pilotes meurent en tentant de se rendre les premiers aux vaisseaux venant du large. En 1860, une loi met fin à ce désordre et établit un monopole qui permettra des affectations à tour de rôle.

Le soleil pointe plus haut que l’horizon, c’est l’heure du petit déjeuner; deux œufs, pain blanc, une viande douteuse et un deuxième café instantané. On dit que le véritable chemin pour toucher le cœur d’un homme passe par l’estomac. François confesse qu’il adore piloter lorsque l’équipage est d’origine indienne. Vous devinez pourquoi?

Il se trouve particulièrement privilégié de rencontrer au quotidien des gens de différentes cultures. Avec le premier officier, il discute famille, boulot, bateau, température, voyage et, pendant ce temps, les clochers d’église défilent.

Ne devient pas pilote qui le veut. La formation s’échelonne sur 10 ans. D’abord trois ans à l’Institut maritime de Rimouski et 5 ans pour passer de troisième officier à capitaine, voguant ici et là, entre les livres et la mer. Deux autres années d’études et le capitaine mute au poste de pilote pour une section précise du Saint-Laurent soit Les Escoumins-Québec, Québec-Trois-Rivières ou Trois-Rivières-Montréal.

Le Ypermachos, sur le lac Saint-Pierre, ralentit, car bientôt François va céder sa place à un autre pilote, et ce, sans même approcher le quai. Il est environ 9h. Un petit bateau accoste le navire. Le débarquement s’avère plutôt spectaculaire à gros bouillon sous les pieds. L’équipage philippin navigue en direction d’Alger où ils vont rester un mois. François Thériault, 38 ans retourne chez lui et ce soir, il soupera avec sa conjointe et ses filles. De quoi rendre jaloux plusieurs marins.


Ce texte a été mis en ligne en novembre 2006
 
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