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Formation pour débardeurs
Quais virtuels

Par Julie Guay


Section 44 du Port de Montréal. La bâtisse bleue. Le bâtiment se démarque d’abord par sa couleur, mais, surtout parce qu’à l’intérieur, on apprend à manipuler des jouets grandeur nature !

Adieu Tonka. Place aux géants. Grue portique, mobile, de bord, la grue pont roulant ou " transtainer ", les pelles mécaniques, les chariots élévateurs. Bref, la machinerie lourde se détaille là, au centre de formation des débardeurs et vérificateurs du Port de Montréal.

Autrefois, on apprenait de père en fils, ou sur les quais " presque sur le tas, explique Jean-Guy Boutin. Aujourd’hui, avec le centre et le nouvel engin technologique, un simulateur, de 1,6 million de dollars, les novices sont gâtés et surtout mieux formés.

Jean-Guy Boutin est débardeur. Le débardeur s’occupe de manier et de transporter toute la marchandise qui passe par le Port. Qu’elle soit reçue par voie fluviale, ferroviaire, routière ou qu’elle ne fasse que passer. Ces centaines d’hommes (environ 800) et la vingtaine de femmes charrient ces arrivages. Dix-huit postes de maniement dont 14 sont munis de grues portiques (grue de quai sur rail), " les plus importantes " souligne M. Boutin. Elles sont sur le quai afin de charger et décharger les immenses cargos (les plus grosses barges peuvent stocker jusqu’à 4100 boîtes).

Apprendre à manier ces immenses machines est donc important. Ouvert depuis 1996, le centre de formation contribue à augmenter la qualité du travail... et améliorer la sécurité. Les apprentis ont maintenant accès à des programmes pédagogiques spécialement conçus par les débardeurs et vérificateurs d’expérience, comme Jean-Guy Boutin et Guy Courteau, vérificateur, en plus de salles de cours, de formateurs qualifiés, d’un pédagogue et surtout de ce fameux simulateur de grue portuaire à la fine pointe de la technologie.

Autre avantage, le centre permet d’éliminer complètement les coûts d’exploitation afin de réserver les grues pour la formation. C'est qu'avant la création du centre et l'achat du simulateur, les opérateurs apprenaient seulement quand la machinerie était disponible, c’est donc dire rarement. C’est difficile de réserver les grues pour former les débardeurs: ça engendre des pertes de revenus et les activités au Port sont jugées plus importantes parce que payantes.

Désormais, les cours sont donnés plus fréquemment. Qu’on parle du cours sur le simulateur, les camions lourds, les chariots élévateurs, ou ceux de santé et sécurité au travail et de premier soins. Faut dire que M. Boutin, débardeur avec plus de 40 ans d’expérience, exerce ses fonctions de professeur à temps plein, moyennant un petit surplus sur son chèque de paie. Et seuls les plus vieux sont autorisés à enseigner, c’est un règlement syndical!


Un gros jeu électronique

Si on se rend au sous-sol devant le simulateur, on risque d'être déçu. Dehors, sur " la vraie grue " le débardeur est assis à 150 pieds dans les airs. Mais ici, il s’agit d’une chaise hydraulique au sommet de trois marches, d’un écran et d’une variété de boutons. Assisté par ordinateur le simulateur ou le " gros jeu électronique " reproduit la réalité, vertige en moins.

Il imite les fonctions des portiques de quais et à l’aide de graphiques animés, le débardeur en devenir peut mieux se familiariser avec son futur engin de travail. Sur l’écran, il visualise les navires, les écoutilles (les ouvertures pour accéder aux cales), le quai, les câbles et les camions à charger. Il ne lui reste qu’à s'entraîner en pressant les boutons et en actionnant les manettes. M. Boutin, assis dans la salle attenante, enregistre électroniquement les données et tracés des étudiants pour ultérieurement les commenter et leur expliquer leurs bonnes et moins bonnes manœuvres.

Les employés du Port et seulement eux peuvent se vanter d’avoir reçu une formation à cet endroit.

Le port a célébré ses 150 ans, le 8 mai 2004. C’est en 2000 qu’il a connu sa meilleure année. Pour la première fois, il y a passé plus d’un million de conteneurs. Avec les années, la nécessité de créer le centre s’est imposée d’elle même. Le projet a vu le jour avec la collaboration financière du Port de Montréal et par celui qui le gère c’est-à-dire l’Association des employeurs maritimes.

Le métier de débardeurs et vérificateurs, est-ce vraiment dangereux? Mes hommes n’ayant pas voulu se prononcer, ils m'ont référé à l’Association des employeurs maritimes. Mais eux non plus n’ont rien à dire. " Nous n'avons pas ce genre d’informations. " Pourtant, ce n’est pas rare d’entendre parler d’accidents, de pertes et d’écrasements de membres et de décès. Environ un décès et au moins deux accidents d’invalidité sont rapportés chaque année.

Pierre Lafortune, débardeur, s’est prononcé là-dessus, en 2004 (on peut lire l’article sur le site de la FTQ, www.ftq.qc.ca/sante_et_securite). "Quand t’es débardeur et que t’arrives à la banque pour négocier ton hypothèque, tu prends toute la mesure des dangers du métier. Je l’ai vécu quand le préposé aux prêts hypothécaires m’a demandé quel métier j’exerçais. Il a regardé dans son livre et m’a dit que je n’étais pas admissible à l’assurance-vie et invalidité pour le prêt. "

Il a rajouté, " même si une formation anti-chutes est offerte, je rêve d’une formation intensive en prévention pour tous les débardeurs." Ceci dit, certains d’entre eux avaient alors manifesté l’an dernier, en même temps que le responsable en santé et sécurité, M. Lafortune. Ils voulaient réclamer plus de sécurité sur les quais. Leur requête fut entendue mais ils attendent toujours...

Seule consolation, le métier de débardeur ne figure pas dans la liste des dix métiers les plus dangereux au monde. Pour mériter le titre, il faut se rendre en Alaska et pêcher le crabe !

L’heure du lunch vient de sonner la fin de ma visite. Jean-Guy et Guy n’ont cependant pas réussi à me transmettre leurs passions malgré leur extrême gentillesse. Dommage, j’aurais bien aimé contribuer à augmenter le nombre de travailleurs féminins...

 

 

Centre de formation des débardeurs et vérificateurs du Port de Montréal
Section 44 du Port de Montréal.
(514) 524-7442


 

Ce texte a été mis en ligne en mai 2005.
 
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