Avant de mettre au point la bombe atomique,
avant de maîtriser l'énergie nucléaire,
encore fallait-il que quelqu'un décrive de quoi était
fait le noyau d'un atome. Ce quelqu'un fut Ernest Rutherford,
dont les biographes disent qu'il est à l'atome ce
que Darwin est à l'évolution. Peu de gens
se souviennent qu'une partie importante de son travail fut
accomplie à Montréal: seul un minuscule musée
lui rend hommage.
Le musée Ernest-Rutherford, sis au
Rutherford Physics Building de l'Université
McGill, présente au visiteur averti le matériel
et les travaux de ce scientifique éminent, prix Nobel
de chimie 1908. Les petites boules qui tournent autour dune
plus grosse sphère, ce modèle galvaudé
de latome et de ses électrons, cest aux
travaux de Rutherford quon le doit.
Accompagné du responsable du musée,
Jean Barrette, professeur de physique bien en verve, le
visiteur parcourt pendant près dune heure léquivalent
de la moitié de la surface carrée dune
classe de maternelle. Ici, on ne se promène pas :
on observe et on écoute. Expérience intense
pour qui les cours de sciences physiques de quatrième
secondaire semblent dater de lère précolombienne...

Qui était Rutherford?
Néo-Zélandais dorigine
né en 1871, Rutherford fait ses études à
Cambridge (Angleterre) avant démigrer à
Montréal en 1898, où un poste de professeur
lui est promis à la suite du génie démontré
dans ses travaux sur les rayons X et le magnétisme.
Quy avait-il découvert, au juste?
Essentiellement que luranium, le radium et le thorium
émettent deux genres de radiations. Le premier, que
Rutherford baptise rayon beta, traverse facilement
la matière solide, mais ne traverse lair ionisé
(cest-à-dire lair dont les ions sont
électriquement chargés) quavec difficulté.
Le deuxième type de rayonnement, dit rayon alpha,
aisément stoppé par une simple feuille de
carton, traverse sans faiblir nimporte quel gaz.
Les implications sont grandes : en déterminant
la nature de ces rayons, Rutherford a pu élaborer
le phénomène de la radioactivité...
et comprendre qu'une énergie potentiellement énorme
est bel et bien cachée au cur de l'atome. Les
concepteurs de la bombe A en feront bon usage...
La visite du musée est intéressante,
mais encore faut-il prendre le temps et la liberté
de faire abstraction du discours by the book du guide.
Il faut dire que la visite se fait sur rendez-vous seulement;
dans ce contexte, le visiteur ne peut se soustraire, même
poliment, au monologue du responsable du musée. La
salle est réellement toute petite, aussi est-il recommandé
aux claustrophobes de sabstenir. Le long des murs,
joliment exposés à lintérieur
dune cloison vitrée, des schémas et
des explications exhaustives relatives aux appareils utilisés
par Rutherford surprennent par leur complexité et
leur simplicité toutes paradoxales.
En effet, même si ces instruments ont
permis à leur concepteur de rafler le Nobel de chimie
trois ans avant Marie Curie, on pourrait facilement les
qualifier d'artisanaux. Cest avec un montage de cylindre
métallique, de tiges de fer et daimants que
Rutherford sest hissé au rang du greatest
faculty member de McGill? Renversant. Ainsi est le monde
de la physique.
Les appareils de Rutherford sont regroupés
dans cinq vitrines, chacune présentant un aspect
des études quil a menées pendant près
dune décennie sur le campus de McGill. De nombreux
documents, photographies et ouvrages de référence
viennent compléter lexposition, parmi lesquels
on retrouve curriculum vitae, correspondances et publications
du principal intéressé. Mort en 1937, Ernest
Rutherford réunissait tous les jeunes physiciens
de lépoque (parmi lesquels Frederick Soddy,
Nobel de chimie 1921) dans un laboratoire qui faisait office
de centre de recherche, certes, mais également de
lieu de réflexion.
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