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On n'a plus les sourciers qu'on avait
par Brigitte Bédard
Agence Science-Presse
J'avais décidé de m'habiller en noir ce jour-là. Lourde gaffe! Parmi les 1200 congressistes, j'étais la seule. La foule entière semblait s'être donnée le mot pour ne porter que les couleurs du prisme: jaune, mauve, bleu, vert... Les sandales à velcro étaient du dernier cri. Bienvenue au 37e Congrès de la Société américaine des Sourciers.
Ce n'était pas par hasard que les couleurs étaient à l'honneur: les sourciers, c'est bien connu, travaillent avec la Lumière, source de vie et de création. Le noir, lui, est privé de lumière. Il est plongé dans l'obscurité. Tout comme, faut-il en conclure, une journaliste envoyée là-bas par l'Agence Science-Presse...
La radiesthésie ou la "sourcellerie" n'est plus ce qu'elle était. Pendant très longtemps, le sourcier typique fut un vieil homme muni d'une fourche confectionnée à l'aide de branches d'arbres fruitiers, avec laquelle il prétendait trouver de l'eau. Aujourd'hui, le New Age a étendu ses griffes: les sourciers balancent les énergies d'une maison, des chakras, d'un terrain ou d'un être humain. Ils prennent des cours de méditation, de toucher énergétique, de fréquence vibratoire. Ils interrogent les anges. Ils parlent aux roches et écoutent les arbres. Ils peuvent même -disent-ils- guérir les malades et régénérer l'ADN. Et tout cela, avec l'aide d'une simple baguette ou d'un pendule.
Lorsqu'ils se rassemblent une fois par année, au milieu de l'été, à Lyndonville au Vermont, ils ont au menu une quantité industrielle d'ateliers, sur tous les sujets possibles et imaginables.
Celui-ci par exemple, mené par une certaine Sharon Monahan: "Le langage de la Terre". La salle était bondée. Des diapositives illustraient le terrain bucolique d'une dame. Celle-ci ne savait pas comment délimiter son parterre. Aucun problème! Une roche confia à Mme Monahan d'aller un peu plus vers sa droite (la droite de la roche, pas celle de la madame). Même pas besoin de fourche ni de pendule! Je me tourne vers mon voisin: "Est-ce que vous y croyez?" "Bien sûr", me dit-il avec le sourire confiant de celui qui l'a déjà expérimenté. À ma droite, un garçon dit à sa mère qu'il aimerait bien, lui aussi, parler aux arbres et aux roches. Bonne mère, elle lui dit qu'elle lui montrera...
Une diapositive m'intrigue. La photographie est ratée. Il y a une barre rouge-orange en plein centre. Madame Monahan le déplore, mais souligne aussitôt qu'il est tout de même étrange que la barre rouge se trouve exactement à la limite du terrain de la dame. Et l'assistance de pousser un "hoooo" médusé...
Les vétérans de la sourcellerie
Qu'en pensent les sourciers "classiques"? Ted Kaufman, 85 ans, raconte avoir trouvé beaucoup d'eau au cours de sa vie et même des enfants disparus. N'est-il pas dérouté par toutes ces nouvelles "tendances"? Au contraire, il trouve tout cela "formidable". Selon lui, il existe une énergie, une sensibilité chez le sourcier qui peut se transmettre. Une énergie tellement forte, qu'elle permettrait de "trouver n'importe quoi..." Au point où "il serait bénéfique d'utiliser les sourciers en justice afin de savoir si les gens disent la vérité".
C'était l'heure du dîner. Il fallait s'y attendre: il n'y avait que des végé-burgers, des salades et quelques boulettes de boeuf haché. Et bien entendu, pas de cendriers...
L'enfant responsable
Il y avait un atelier que je tenais absolument à voir: "Aspects spirituels de la sourcellerie". Le conférencier était un homme sobre. Il se dégageait de lui une sérénité peu commune. Il parlait d'amour inconditionnel et de non-jugement. L'assistance était muette d'admiration. Une femme leva sa main: "Je sais que, selon la Loi Universelle, je ne dois pas interférer dans la vie des autres. Pourtant, quelque chose m'agace. Je travaille avec des enfants abusés sexuellement. Je ne peux concevoir le fait de ne rien faire pour eux. Je dois prévenir la police ou faire appel à la justice, non?" Émoi dans l'assistance.
L'homme lui répond: "L'enfant a sa part de responsabilité dans tout ceci, à cause d'une vie antérieure. Ne croyez-vous pas qu'il serait mieux de réunir l'enfant et ses parents avec votre amour inconditionnel? La Vie se chargera de faire ce qu'il faut faire." Les gens faisaient tous oui-oui de la tête et les larges sourires revenaient.
L'un des ateliers les plus attendus du congrès s'intitulait "Interview With An Angel", avec Linda Sue Nathanson, docteur en psychologie, et Steven Thayer.
Deux cent cinquante personnes dans la salle, moi y compris. Le conférencier demande: "combien d'entre vous croient que les anges existent et qu'il est possible de communiquer avec eux?" Deux cent quarante-neuf mains se lèvent.
Steven Thayer se présente. Ancien ingénieur, ancien sceptique, il est entré en communication avec un ange. Depuis ce jour, il donne des conférences et des cours.
Pas de chance, nous n'aurons pas vraiment d'entrevue avec un ange ce jour-là. Nous devrons nous contenter de pouvoir poser des questions à Steven, qui, lui, les posera à l'ange Ariel. Et encore, pas tout de suite: un feuillet est disponible pour y écrire nos questions. On l'envoie par télécopieur, par courrier électronique ou par la poste. Si la question obtient une réponse d'Ariel, elle sera publiée dans l'Interview with an Angel Journal, dont vous recevrez une copie gratuite. Et voilà, le tour est joué!
Indispensable pendule
Entre les ateliers et le magasin où pullulent roches énergétiques, huiles essentielles, bijoux et pendules, il paraît vite évident que les instruments sont d'une importance capitale. Pourtant, n'enseigne-t-on pas que la vraie réponse vient de la tête? Qu'un vrai sourcier, s'il y croit, possède en lui tous les pouvoirs nécessaires? Le pendule et la fourche seraient donc facultatifs? Lorsque j'ai soumis ce problème à quelques personnes, j'ai obtenu un "Oui, c'est vrai".
S'agirait-il alors de superstition? On affirme que non: l'instrument aide à donner confiance. Je poursuis: "Donc, vous n'avez pas assez confiance en vous-même ou en votre petite voix intérieure?" Réponse: "Oui, c'est vrai."
Une activité tranchait avec le reste du congrès: la fondation Water for Humanity. On ramasse des sous pour creuser des puits dans les pays sous-développés. Soudainement, on parlait du vrai monde. Un choc.
Lire aussi: Avoir le chakra à la bonne place Première parution: Agence Science-Presse, automne 1997
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