Sur les traces de l'Enterprise... (2)

Retour à l'introduction

La grande question que se posent tous les lecteurs, c'est évidemment: "est-ce que ça se peut?" Oui et non, répond Lawrence Krauss. Plusieurs des choses présentées dans Star Trek sont hors de notre portée, et risquent de l'être encore au 23e siècle. Mais -et c'est là la surprise- la plupart ne contreviennent pas aux lois de la physique, et ne peuvent donc pas être rejetées du revers de la main.

Par exemple, le "moteur warp" (warp drive ),qui permet de voyager plus vite que la lumière. Difficile de s'en passer: s'il fallait à l'Enterprise 10 ou 20 ans pour répondre à un appel de détresse, les cotes d'écoute risqueraient de s'en ressentir... Et un Klingon agressif qui devrait attendre quelques siècles avant de répondre à une déclaration de guerre, ça ne ferait pas très sérieux...

Or, on sait que dans notre univers, voyager plus vite quela lumière est impossible. Peut-on contourner l'obstacle? De l'hyperespace aux trous noirs, la science-fiction, depuis les années 30, a imaginé1001 trucs. Le créateur de Star Trek, Gene Roddenberry, lui, s'est tourné vers la théorie d'Einstein, selon laquelle notre univers serait "courbé", "plié" sur lui-même -de la même façon qu'une feuille de papier se déforme lorsqu'on dépose une pierre dessus. A partir de là, a été imaginée la "propulsion warp" (warp étant un mot anglais qui fait référence à une déformation, un plissement).

Toujours selon Einstein, c'est la quantité d'énergie et de matière présente à un endroit donné qui détermine cette courbure de l'espace (plus la pierre est grosse, plus le papier est déformé). Rien n'empêche donc d'imaginer une technologie capable de "plier" l'espace devant le vaisseau, de manière à réduire la distance entre les planètes A et B.

Ca, c'est la bonne nouvelle. La mauvaise, c'est que la quantité d'énergie requise serait supérieure... "à l'énergie totale produite par le soleil pendant toute son existence".



Beam me up, Scotty!

La téléportation, sans doute l'invention la plus célèbre de l'univers Roddenberry, même chez ceux qui n'ont jamais suivi Star Trek, fait face à un problème similaire. Le corps humain est composé de 10 exposant 28 atomes (le chiffre 1, suivi de 28 zéros!). Pour téléporter un officier de la Fédération des planètes (en d'autres termes, le "désintégrer" en un endroit et le "recomposer" en un autre) il faut donc reproduire ces atomes un par un, et tous à la bonne place!

Or, un principe de base en physique, appelé principe d'incertitude, ou principe de Heisenberg, nous dit que peu importe la précision de nos instruments, nous n'arriverons jamais à être absolument sûrs de nos mesures des particules élémentaires qui composent les atomes. Un groupe international de chercheurs dirigé par Gilles Brassard, de l'Université de Montréal, a proposé il y a trois ans une solution qui permettrait en théorie de contourner cette difficulté -mais pour une particule élémentaire à la fois. Les auteurs de Star Trek quant à eux, mis au fait de ce menu problème, ont "inventé" un "compensateur Heisenberg", mais nul n'est encore arrivé à savoir comment il fonctionne...

Qui plus est, calcule Lawrence Krauss, transformer en énergie ces milliards de milliards de milliards d'atomes nécessiterait, pour un adulte de 50 kg, une puissance phénoménale: deux millions de fois la bombe d'Hiroshima. Et il faut ensuite le ramener à bord...

Et on n'a pas encore parlé de l'énergie nécessaire pour dissocier les atomes en leurs constituants (électrons-protons-neutrons), puis pour ramener ceux-ci au niveau des quarks. En théorie, c'est très simple: il suffit de faire chauffer le capitaine Picard à une température de 1000 milliards de degrés!

Et il y a un dernier point, qui n'a jamais été abordé dans Star Trek: qu'arriverait-il si un être humain était davantage qu'un assemblage d'atomes? S'il avait une âme? "Si, écrit Lawrence Krauss, une personne devait un jour être téléportée, intacte et inchangée, à bord de l'Enterprise, cela constituerait une preuve spectaculaire qu'un être humain n'est rien de plus que la somme de ses parties."

"Pour des raisons évidentes, la question est scrupuleusement évitée dans Star Trek."


Là où nul physicien n'est allé...

Pourquoi avoir écrit ce livre? Parce que c'est une excellente façon d'explorer les concepts de base de la physique, répond Stephen Hawking, qui signe la préface. Par exemple, les effets tout bêtes de l'accélération, que visent à contrer les "coussins d'inertie" (inertial dampers).Une invention en apparence anodine (Geordi LaForge en parle beaucoup moins souvent qu'il ne parle moteur warp, anti-matière, cristaux de dilithium ou mécanique quantique), mais vitale: sans ces "coussins", qui donc pourrait survivre à une accélération qui fait passer un vaisseau de 0 à 150 000 kilomètres/heure en cinq secondes?

Le simple fait, écrit le critique littéraire du New Scientist, que l'auteur réussisse à expliquer des concepts de base de la physique, de Newton à Einstein, à partir d'une émission de science-fiction, constitue "une bonne leçon pour les auteurs d'ouvrages de physique"...

Quant à Krauss, sa principale difficulté fut ailleurs. "Le jour où j'ai reçu une lettre me disant 'Non, non, les coussins d'inertie ont été inventés en l'an 2168', j'ai su que ça allait être difficile..."

 

Quatre petits faits illogiques,capitaine

 

 

 

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