Darwin risque de se retourner dans sa tombe. Le prestigieux magazine économique Forbes souligne lui aussi l’Année Darwin. Avec un texte qui prétend utiliser l'évolution pour expliquer la survie des plus aptes... financièrement.

Darwin lui-même a maintes fois mis en garde ceux qui seraient tentés de trouver des « applications sociales » au concept biologique de sélection naturelle. Ce que d’aucuns appellent le « darwinisme social » n’a en effet rien à voir avec Darwin : en fait, il s’y opposait. Un détail qui a manifestement échappé à Forbes qui, à partir de la crise économique actuelle, trace un parallèle complexe entre l’évolution des espèces... et les institutions bancaires qui survivront, ou non, à cette crise.

Cette crise « est le point culminant de changements évolutifs profonds qui sont passés largement inaperçus jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard ». Vrai, mais une belle métaphore ne fait pas une loi naturelle.

Est-ce une façon de rejeter le blâme? « Nous entendons parler d’erreurs de gestion, de corruption, de complaisance des organismes de surveillance », toutes des choses qui sont vraies, mais qui « passent à côté du vrai problème » : la mondialisation des marchés, et l’incapacité de certains à s’y adapter. D’où, darwinisme.

Or, c'est là exactement la raison pour laquelle Darwin rejetait tout lien entre l’évolution biologique et les sciences sociales : il avait compris combien il serait facile de plaquer le concept de sélection naturelle sur une idéologie juste pour lui donner une apparence de crédibilité « scientifique ». Sous-entendu de Forbes : le système capitaliste n'est pas en cause, il est seulement en train « d’évoluer ».

« L’incapacité de Forbes à reconnaître ce qu’est la science », écrit le biologiste P.Z. Myers, est plus frappante encore dans le choix de certains des autres auteurs invités dans ce dossier Darwin : des partisans du créationnisme.

Résumé d’un des lecteurs de Myers : il semble que Forbes joigne la frange de la droite conservatrice « qui tente de promouvoir l’idée que capitalisme = christianisme = créationnisme ».

Pascal Lapointe