Le cerveau des enfants qui passent plusieurs heures sur les écrans semble modifié, selon une étude menée par les Instituts nationaux américains de la santé (NIH). L’écorce cérébrale qui traite les informations envoyées au cerveau par les cinq sens devient mince prématurément, indiquent les chercheurs. Cet amincissement est considéré comme un processus de vieillissement.

Kyavumba Sadiki

Le cerveau des enfants utilisant des smartphones, des tablettes et des jeux vidéo pendant plus de sept heures présente des « tracés différents », a expliqué la docteure Gaya Dowling, une responsable de l’étude menée par NIH. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) a montré un amincissement prématuré du cortex, l’écorce cérébrale qui traite les informations envoyées au cerveau par les cinq sens.

L’amincissement du cortex « est considéré comme un processus de vieillissement », a indiqué la docteure Dowling. « Nous ne savons pas si c’est causé par le temps passé devant les écrans », a noté la scientifique. Pour tester l’hypothèse de couplage maturationnel, c’est-à-dire selon des modèles coordonnés de changement structurel liés à des comportements spécifiques, les chercheurs ont utilisé une approche variée issue de l’étude ABCD (Adolescent Brain Cognitive Development). 

Une recherche qui va se poursuivre

Le temps passé devant un écran « stimule le dégagement de dopamine, l’hormone du plaisir », a mentionné la docteure Kara Bagot, une autre scientifique qui a pris part à l’étude. L’association entre le temps passé devant l’écran et différentes caractéristiques cérébrales structurelles comme méthode utilisée par les scientifiques est loin de boucler la boucle à la recherche. 

Au total, 11 874 jeunes âgés de 9 à 10 ans ont participé à l’étude, dont 2 100 jumeaux ou triplés. Les scientifiques pourront suivre les participants au fil du temps pour comprendre comment l’utilisation des médias influera sur le développement d’une personne. Tout sera suivi jusqu’au début de l’âge adulte. Avec des données longitudinales, il est possible de suivre les trajectoires développementales des participants afin de mieux comprendre ces relations complexes et éventuellement d’améliorer la prévention ou d’atténuer les risques de résultats défavorables. 

Une étude qui sonne l’alarme 

Une alarme se faisait entendre chez les psychiatres depuis quelques mois auparavant. Boris Cyrulnik, psychiatre français, n’a pas mâché les mots sur la question lorsqu’il a déclaré : « Les enfants sont hypnotisés par un smartphone et ils sont addicts en quelques jours. Mon écran d’ordinateur ne m’a jamais souri. Un enfant ou un bébé a besoin de sentir l’autre. »