Déjà que de faire rouler un robot sur Mars n’est pas facile, en livrer un sur un astéroïde d’à peine 875 mètres de diamètre — et s’assurer qu’il survive à l’impact ou ne « s’envole » pas dans l’espace à cause de la faible gravité — relève de la haute voltige.

Vendredi après-midi, heure du Japon, la sonde japonaise Hayabusa 2 avait accompli la première partie de sa mission : s’approcher à 55 mètres de la surface de l’astéroïde Ryugu et y larguer deux mini-robots appelés Minerva II (illustration ci-haut). Samedi matin, il se confirmait que tous deux avaient survécu, avaient envoyé quelques données sur leur environnement et même commencé à... sautiller. Chacun fait moins de 20 centimètres de diamètre par 7 cm de haut, pèse un kilo, et est en effet capable de se déplacer par petits bonds — tout petits, parce qu’un saut trop brutal pourrait suffire à arracher le robot à la faible attraction « ryugienne ».

Minerva n’est pas le nom d’une déesse, mais un acronyme : MIcro Nano Experimental Robot Vehicle for Asteroid.

Une photo prise par Hayabusa vendredi, alors qu'elle n'était plus qu'à 100 mètres d'altitude lui a même permis d'observer sa propre ombre.(au centre et légèrement à gauche sur la photo).

Ryugu-Hayabusa

Le terme « sautillement » est très relatif. La faible gravité a cet étrange résultat qu'une petite impulsion pour accomplir le « saut » suivant peut faire en sorte que Minerva met... 15 minutes à retomber. Mais c'est ainsi que, d'un bond à l'autre, les ingénieurs espèrent les voir explorer une partie appréciable de ce caillou cosmique dont la composition est sans doute restée telle qu'elle était il y a des milliards d'années. 

Hayabusa 2, qui est ensuite revenue sur une orbite plus élevée, est dans les parages depuis juin, et cet été, à partir des photos prises depuis des altitudes de plus en plus basses, les agences spatiales française, allemande et japonaise ont convenu du lieu « d’atterrissage ». Après les deux robots Minerva, il y en aura un autre, Mascot (Mobile Asteroid Surface Scout) qui, de conception franco-allemande, doit être largué le 3 octobre pour analyser la surface. Enfin, à une date encore indéterminée, Hayabusa doit s’approcher de la surface jusqu’à la frôler, pour en récolter des poignées de poussière et revenir vers la Terre en 2019 avec sa cargaison.

Là-dessus, les Japonais commencent à avoir de l’expérience : c’est leur première sonde Hayabusa qui, en 2005, avait « rebondi » sur l’astéroïde Itokawa, en avait récolté quelques grains de poussière, qu’une petite capsule avait ramenés sur Terre en 2010

Et il y a de la compétition : une sonde de la NASA appelée Osiris-Rex, doit arriver à proximité de l’astéroïde Bennu en décembre, et est censée en ramener elle aussi un échantillon en 2023.

 

Texte mis en ligne le 21 septembre. Mises à jour les 22 et 23 septembre.