Au Chili, la victoire à la présidentielle de la socialiste Michelle Bachelet pourrait compromettre les desseins de Barrick Gold, une compagnie minière canadienne à l’origine du controversé projet Pascua Lama, qui envisage littéralement de déplacer un glacier.

Barrick Gold a découvert un Eldorado d’or, d’argent et de cuivre sous les glaciers de la Cordillère des Andes, à mi-chemin entre l’Argentine et le Chili. Pas facile de creuser une mine sous des tonnes de glace! Qu’à cela ne tienne, l’entreprise prévoit découper des blocs de trois glaciers, à plus de 4500 mètres d'altitude. Ces blocs seront ensuite déplacés jusqu’à un autre glacier, rien de moins! Ce plan, appelé le projet Pascua Lama, pourrait représenter pour la compagnie des profits d’une dizaine de milliards sur 21 ans.

Pendant la campagne électorale, la candidate socialiste s’est engagée à réviser entièrement le plan soumis au gouvernement chilien.

Personne ne peut prévoir les conséquences d'un pareil projet sur l’environnement. "Un glacier est un écosystème très sensible et mal connu. En couper une partie, c'est altérer le reste, et bouleverser le fragile équilibre hydraulique de la région", croit l'écologiste Raúl Montenegro (prix Right Livelihood Award 2004). Les glaciers en question alimentent en partie les nappes souterraines et les rivières de la vallée chilienne de Huasco, situé aux portes du désert de l'Atacama. La Vallée Huasco abrite près de 70 000 habitants.

Si le projet est accepté par le gouvernement chilien, la méthode pour extraire les précieux métaux de la roche sera basée sur l’arrosage des pierres au cyanure de sodium. Quels sont les risques de contamination? Énormes, disent les environnementalistes opposés au projet; pratiquement nuls, clame la compagnie minière.

La Commission régionale de l’environnement, chargée de formuler des recommandations pour le gouvernement chilien, est incapable de prendre une décision sur ce projet. Elle a demandé une autre extension la semaine dernière pour étudier le dossier. Et la population locale ? "En juillet, s'indigne Jamie Kneen, de l’organisme Mines Alerte, la compagnie a promis aux fermiers de la région, réunis sous l’égide de la Junta de Vigilancia, une aide financière de 60 millions sur 20 ans. La condition ? Qu’ils gardent leurs questions hors du processus d’accréditation gouvernemental! L’association a accepté l’argent."

Marie-Hélène Verville