Un chercheur a établi statistiquement que la force des liens de parenté entre les Québécois est très faible lorsqu’on remonte seulement aux cinq dernières générations. Cependant, à partir de la sixième génération jusqu’à la huitième, les pourcentages grimpent en flèche. Autour de la neuvième et de la dixième génération, 98 % des ancêtres des personnes étudiées sont apparentés.

Ainsi, " plus de la moitié des immigrants arrivés au Québec avant l’année 1800 n’aurait pas laissé de descendance dans la population contemporaine du Québec. Comparativement, ce sont près des deux tiers de ceux immigrés avant 1700 qui ont laissé une descendance jusqu’à aujourd’hui ".

En d’autres termes, explique Marc Tremblay, chercheur à l’Université du Québec à Chicoutimi, nous avons maintenant une preuve statistique de l’importance de la contribution des premières vagues d’immigration pour l’héritage génétique des Québécois d’aujourd’hui.

La contribution génétique, a exposé Tremblay à la 6e édition des Journées génétiques, tenue récemment par le Réseau de médecine génétique appliquée, correspond à la proportion des gènes légués d’une génération à une autre.

Ainsi, selon l’examen des contributions génétiques de nos ancêtres, seulement 22% de ceux ayant immigré à la fin du 18e siècle ont laissé une descendance dans la population québécoise contemporaine comparativement à 66 % pour ceux ayant immigré avant le 17e siècle.

Cela confirme l’importance de l’arrivée précoce des immigrants dans le peuplement du Québec ", dégage Marc Tremblay.

Toutefois, à savoir si cela s’explique par le fait que les immigrants arrivés plus tard ont eu moins d’enfants ou parce que le groupe d’étude était trop restreint, le chercheur répond que la question n’est pas résolue, mais qu’elle le sera probablement au cours d’études à venir.

Géographie génétique

Les origines géographiques de nos quelque 6800 ancêtres fondateurs ont aussi pratiquement toutes été établies, une première en généalogie au Québec. Ainsi, 90 % d’entre eux seraient d’origine française et 5 % d’origine acadienne. Pas de surprise de ce côté, sauf que cela n’avait jamais été quantifié sur la totalité du territoire québécois.

Tremblay conclut également que les origines de nos fondateurs sont beaucoup plus diversifiées que celles de nos fondatrices françaises. Pas étonnant pour les généalogistes qui savaient déjà que les hommes, venus des quatre coins de la France, ont été quatre fois plus nombreux à effectuer la grande traversée que les femmes, tandis que celles-ci provenaient toutes du nord-ouest du pays et principalement de la région de l’Île-de-France (les fameuses "Filles du Roy").

C’est la récente étude menée par Marc Tremblay et ses collègues sur les origines géographiques et la contribution génétique des ancêtres fondateurs de la population du Québec qui a mené à ces résultats. Leurs recherches couvrent l’immigration au Québec depuis le 17e siècle jusqu’à aujourd’hui.

Les chercheurs ont aussi analysé 5 millions de mentions d’ancêtre. Plus de 2200 arbres généalogiques de 9 générations en moyenne — certains s’étendant sur 17 générations — ont également été remontés. Ils ont ainsi identifié tous les liens et les ancêtres unissant 155 363 Québécois.