Quand la génétique se mêle de généalogie
(Agence Science-Presse) Un chercheur a établi statistiquement que la force des liens de parenté entre les Québécois est très faible lorsquon remonte seulement aux cinq dernières générations. Cependant, à partir de la sixième génération jusquà la huitième, les pourcentages grimpent en flèche. Autour de la neuvième et de la dixième génération, 98 % des ancêtres des personnes étudiées sont apparentés.
Les Québécois, des chasseurs-cueilleurs !
Pour Damien Labuda, la génétique a servi à démontrer que les Québécois se comportent comme des chasseurs-cueilleurs africains.
Labuda, chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, a étudié plusieurs populations québécoises afin de comparer leurs caractéristiques génétiques à celles de lEurope et du reste du
monde.
En Europe, les femmes se déplacent huit fois plus que les hommes à travers les diverses sous-populations. Ce phénomène, selon lui, est associé à la patrilocalité. En dautres mots, cest la femme qui part sinstaller dans la région de son mari.
Or, au Québec, selon Labuda, cest linverse : les hommes se déplacent plus que les femmes. Toutes proportions gardées, on constate les mêmes mouvements migratoires au Québec que chez les chasseurs-cueilleurs dAfrique.
Ces résultats ont été obtenus à partir de comparaison entre la diversité de lADN contenue dans les mitochondries les centrales énergétiques de nos cellules essentiellement transmis par la mère, et la diversité de la portion du chromosome Y, qui sexprime seulement chez les hommes, qui ne se combine pas lors de la création dun nouvel être. " Autrement dit, précise Labuda, la différence observée entre les taux de diversité reflète lhistoire des populations influencée par les comportements passés des hommes et des femmes. "
Au Québec, poursuit-il, " les résultats suggèrent que les gens se comportent effectivement comme des chasseurs-cueilleurs : le taux de diversité mitochondrial est neuf fois plus élevé au Québec que dans lEurope " et celui de la diversité du chromosome Y est environ 2 fois plus bas. Il ny a que chez les chasseurs-cueilleurs que lon observe pareils résultats.
Le chercheur, également présent aux Journées génétiques, précise tout de même que la diversité génétique au Québec est comparable à celle de lEurope et à celle du reste du monde. " Cest la dérive génétique qui sest faite comme chez les chasseurs-cueilleurs, conclu-t-il, et cette modification des gènes, attribuable au hasard, a été dautant plus forte que la population était petite. "
Ainsi, " plus de la moitié des immigrants arrivés au Québec avant lannée 1800 naurait pas laissé de descendance dans la population contemporaine du Québec. Comparativement, ce sont près des deux tiers de ceux immigrés avant 1700 qui ont laissé une descendance jusquà aujourdhui ".
En dautres termes, explique Marc Tremblay, chercheur à lUniversité du Québec à Chicoutimi, nous avons maintenant une preuve statistique de limportance de la contribution des premières vagues dimmigration pour lhéritage génétique des Québécois daujourdhui.
La contribution génétique, a exposé Tremblay à la 6e édition des Journées génétiques, tenue récemment par le Réseau de médecine génétique appliquée, correspond à la proportion des gènes légués dune génération à une autre.
Ainsi, selon lexamen des contributions génétiques de nos ancêtres, seulement 22% de ceux ayant immigré à la fin du 18e siècle ont laissé une descendance dans la population québécoise contemporaine comparativement à 66 % pour ceux ayant immigré avant le 17e siècle.
" Cela confirme limportance de larrivée précoce des immigrants dans le peuplement du Québec ", dégage Marc Tremblay.
Toutefois, à savoir si cela sexplique par le fait que les immigrants arrivés plus tard ont eu moins denfants ou parce que le groupe détude était trop restreint, le chercheur répond que la question nest pas résolue, mais quelle le sera probablement au cours détudes à venir.
Géographie génétique
Les origines géographiques de nos quelque 6800 ancêtres fondateurs ont aussi pratiquement toutes été établies,
une première en généalogie au Québec. Ainsi, 90 % dentre eux seraient dorigine française et
5 % dorigine acadienne. Pas de surprise de ce côté, sauf que cela navait jamais été quantifié sur la
totalité du territoire québécois.
Tremblay conclut également que les origines de nos fondateurs sont beaucoup plus diversifiées que celles de nos fondatrices françaises. Pas étonnant pour les généalogistes qui savaient déjà que les hommes, venus des quatre coins de la France, ont été quatre fois plus nombreux à effectuer la grande traversée que les femmes, tandis que celles-ci provenaient toutes du nord-ouest du pays et principalement de la région de lÎle-de-France (les fameuses "Filles du Roy").
Cest la récente étude menée par Marc Tremblay et ses collègues sur les origines géographiques et la contribution génétique des ancêtres fondateurs de la population du Québec qui a mené à ces résultats. Leurs recherches couvrent limmigration au Québec depuis le 17e siècle jusquà aujourdhui.
Les chercheurs ont aussi analysé 5 millions de mentions dancêtre. Plus de 2200 arbres généalogiques de 9 générations en moyenne certains sétendant sur 17 générations ont également été remontés. Ils ont ainsi identifié tous les liens et les ancêtres unissant 155 363 Québécois.

