Des chercheurs québécois interrogés par un mini sondage informel de nos soins se disent plutôt favorables au libre accès. Avec des nuances.

"On publie pour être lu et influencer les politiques économiques ou d'autres travaux de recherche" annonce Luc Savard, directeur du Groupe de recherche en économie et développement international (GREDI). " Nous sommes favorables à la diffusion maximale de nos travaux," insiste le directeur qui serait tout aussi favorable si l'université le rendait obligatoire. "Tant que cela respecte les politiques éditoriales des maisons d'édition qui publient nos travaux."

Même réaction chez Fatiha Chandad, du Groupe de recherche en écologie bucale (GREB) de l'Université Laval. Elle ne sait pas ce qu'est l'auto-archivage et ne connaît pas la Déclaration de Berlin. Alors si l'université l'adoptait, elle jugerait qu'elle " a plus de compétences là-dedans pour veiller à la propriété intellectuelle, un sujet assez chaud chez nous". Devant une obligation inscrite dans la politique de l'université, elle n'aurait pas non plus d'opposition : "si la recherche est financée par l'argent public, alors le public a droit d'accès à cette information".

Avec une nuance toutefois: il est important, d'abord, de définir l'expression "libre accès". " Je suis pour l'accès gratuit aux travaux de recherche après que les résultats aient été révisés par des comités de pairs et acceptés pour publication dans des journaux scientifiques."

Le public face au privé

C'est difficile d'être contre, renchérit Jean Bousquet, chercheur en foresterie et en génomique et ancien vice-doyen à la recherche et aux études avancées. "Il est du devoir du chercheur de rendre disponibles et accessibles les résultats de ses recherches financées par des fonds publics. Un travail de recherche ne devient réel, hors de la tête du chercheur, que lorsque des résultats tangibles sont obtenus et décrits sous une forme compréhensible."

Le chercheur du Centre de recherche en biologie forestière de l'Université Laval relève que les grandes maisons d'édition internationale (Kluwer, Blackwell, Springer Verlag, Academic Press, etc.) exigent des frais d'abonnement de plus en plus élevés à leurs revues scientifiques, ce qui réduit l'accessibilité aux résultats de la recherche. Pour lui aussi, le meilleur des deux mondes constitue l'accès gratuit avec une politique de révision par des comités de pairs. "C'est le cas de Biomed Central (BMC). J'ai agi sur des comités de pairs pour BMC Genetics et BMC Evolutionary Biology et la qualité des articles scientifiques est aussi bonne que celle des articles publiés dans les revues traditionnelles. D'ailleurs, les indices d'impact de ces revues sont comparables à ceux des revues traditionnelles."

Auto-archivage à roder

Également favorable à l'auto-archivage (il s'est déjà livré à la conception de bases de données, dont l'une élaborée avec l'Université du Minnesota. Il souligne l'existence d'une autre voie, celle des informations partagées sur des bases de données publiques internationales comme Genbank pour les séquences d'ADN. Avantage: "la maintenance et la pérennité sont assurées par des organismes scientifiques reconnus et financés à long terme. La pérennité est un des plus gros problèmes avec l'auto-archivage", sans compter le manque d'uniformité et de présentation des travaux de recherche.

Une réserve au libre accès: les contrats de recherche financés par un partenaire industriel, où la confidentialité des résultats est souvent exigée. Des brevets peuvent être en jeu: "le partenaire a souvent droit de premier regard et peut décider de retarder la divulgation des résultats au grand public."

Une autre réserve: la protection des informations personnelles. "Dans la recherche impliquant des sujets humains, il est de la plus haute importance que l'anonymat soit conservé et qu'on ne puisse remonter la filière pour identifier des sujets particuliers ou pour utiliser l'information sans l'accord de ces sujets." Et lors de la diffusion de résultats de recherche impliquant des groupes particuliers (autochtones, par exemple), il se peut que ceux-ci aient des exigences particulières à propos de la diffusion et de l'utilisation faite des résultats. Jean Bousquet précise que le Canada élabore actuellement une politique réglementant l'accès et les retombées de la recherche découlant de ce savoir ancestral, de telle manière que cela puisse également bénéficier à ces groupes.