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Avoir ou non son profil génétique?

Jean-Philippe Poulin, le 13 juin 2006, 23h00

(Agence Science-Presse) " Je n’appuierais pas le dépistage complet du génome des gens dans la seule intention de dresser une liste des risques qu’ils courent à développer telle ou telle maladie. "

Ces paroles sont celles de Michel Dorval,
qui a récemment publié les résultats
d’une étude sur l’efficacité d’un
bon counseling sur la qualité de vie des femmes...
lorsque leur test de dépistage du cancer n’était
pas concluant. Ce professeur de la Faculté de pharmacie
de l’Université Laval explique que les informations
que révèlerait un dépistage exigeraient
des médecins " des explications complexes
dont le sens ou les bénéfices pourraient
être mal interprétés par les patients ".

" Il faut de bonnes raisons
pour pratiquer le dépistage d’une seule maladie ",
explique-t-il. Alors imaginez pour toutes. Pour Dorval,
cette pratique n’est qu’un outil supplémentaire
dans la prévention de certaines affections. Lors
de son étude, les femmes qui ont accepté
le dépistage pour le cancer du sein ou des ovaires
avaient toutes un important historique familial: en moyenne
une dizaine de cancers. Toutes ces femmes étaient
porteuses d’une mutation particulière qui
les rendait 10 fois plus susceptibles de développer
un cancer du sein et 5 à 7 fois leur plus susceptibles
d’avoir un cancer des ovaires.

Or, ses résultats lui ont indiqué
que la perception du risque, chez les femmes pour lesquelles
le dépistage n’avait pas été
concluant, demeurait inchangée. " Il
est clair que les patients étaient déçus
lorsque le résultat n’était pas clair. "

Le chercheur croit par ailleurs que la population
elle-même n’est pas prête à connaître
les résultats d’un dépistage génétique
complet. D’autant plus que les tests de dépistage
pour un seul cancer ne font pas consensus . Mais le simple
fait de connaître tous les pourcentages de risque
de développer une maladie risquerait d’encourager,
par exemple, les compagnies d’assurances à
exiger un test de dépistage.

Ce commentaire rappelle d’ailleurs
l’idée de Gilbert Welch, médecin et
professeur à l’École médicale
de Dartmouth, au New Hampshire. Dans son livre Dois-je
me faire tester pour le cancer ? Peut-être pas et
voici pourquoi, Welch estime que " le
zèle avec lequel on cherche à dépister
le cancer de la prostate ne fait que déterminer
le nombre de cas que l’on trouve ".

Fernand Turcotte, le médecin québécois
qui a traduit en français le livre de Welch, partage
son avis. Selon lui, le dépistage de certains cancers
est inutile et même néfaste pour la qualité
de vie des gens. Même que, affirme-t-il, les dépistages
préventifs grandement encouragés en Occident
sont un piège dont la médecine aura de la
difficulté à s’extraire dans l’avenir.