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Les réfugiés néandertaliens de Gibraltar

Agence Science-Presse, le 17 septembre 2006, 23h00

(Agence Science-Presse) Plus on découvre
de fossiles néandertaliens, plus le portrait de leur
déclin se précise : ils étaient
de plus en plus isolés, poussés dans leurs
derniers retranchements. Le dernier groupe a peut-être
eu droit à quelques milliers d’années
de sursis, à Gibraltar.

Leur recul, tel que décrit par les
paléontologues avec de plus en plus de précision
depuis deux décennies, semble accompagner la progression
de l’Homo sapiens –c’est-à-dire
nous– en Europe. À la fin, il y a entre 32 000
et 28 000 ans, les dernières traces de leur existence
semblent se réduire à deux poches : la
Croatie et l’Espagne. Une nouvelle découverte,
publiée dans la dernière édition de
la revue britannique Nature, fait état des
derniers irréductibles Néandertaliens, qui
auraient occupé deux cavernes de la région
de Gibraltar jusqu’à voici 24 000 ans
.
Si la chose se vérifie, cela donne
donc une fenêtre de 4000 années de plus pendant
lesquelles les humains modernes et leurs cousins d’une
autre espèce auraient pu se côtoyer.
Et peut-être s’accoupler pour engendrer
une descendance hybride? On a longtemps spéculé
là-dessus, mais ces dernières années,
les analyses génétiques effectuées
sur de rares fragments d’ADN néandertaliens
encore intacts ont toutes conclu que les gènes néandertaliens
n’auraient pas survécu jusqu’à nous.
Autrement dit, les Néandertaliens n’auraient
pas laissé de descendance.
L’homme de Néandertal –Homo
Neandertalis– est une espèce humaine, cousine
de la nôtre, qui s’est éteinte, pour des
raisons pas totalement élucidées. Tout au
plus a-t-il laissé des traces : ce que Clive
Finlayson, du Musée de Gibraltar, et ses collègues,
ont découvert, ce sont 240 outils de pierre et artefacts,
d’un type (appelé le moustérien) exclusivement
associé aux tailleurs néandertaliens.
Le tout dormait dans des sédiments
datés de 24 000 à 28 000 ans, à proximité
de la caverne Gorham, où d’autres artefacts
néandertaliens avaient été découverts
dans les années 1950. Les présentes recherches
n’ont repris qu’en 1997.
C’était un lieu riche en ressources
naturelles, fait remarquer Finlayson dans son texte, ce
qui peut expliquer que les Néandertaliens s’y
soient accrochés. En dépit du refroidissement
généralisé qui frappait alors l’Europe,
subsistaient dans cette région des plantes de type
méditerranéen, comme des oliviers, et bien
sûr des produits de la pêche en abondance.