Après les États de la Californie, de Washington et du Maryland, le Maine peine à discipliner les consommateurs de produits électroniques et leurs fabricants, pour qu’ils cessent de jeter leurs produits dans la nature. Selon le Conseil des ressources naturelles du Maine, un groupe de pression qui milite pour une élimination sécuritaire des déchets électroniques, plus de 100 millions d’ordinateurs désuets dorment dans les placards des Américains. Ceci sans compter les vieux téléviseurs, les téléphones portables, les lecteurs DVD et tous les autres gadgets électroniques!

Au total, les Etats-Unis produisent quatre millions de tonnes de déchets électroniques par année. Les Canadiens en rejettent moins par habitant (ils sont dix fois moins nombreux) mais cela s’est tout de même traduit en 2005 par 167 000 tonnes de déchets électroniques. La Commission de coopération en environnement (CCE) prévoit que 500 millions d’ordinateurs PC américains seront jetés en 2007 et que cette quantité augmentera de 30 % d’ici 2010.

Jamais assez rapide, jamais assez performant, l’équipement électronique a une durée de vie qui raccourcit : 24 mois pour qu’un téléphone portable soit considéré désuet, trois ans pour qualifier un ordinateur de dinosaure. Cette boulimie fait la vie dure à ceux qui se préoccupent des plastiques et autres traces toxiques de plomb, de cadmium et de mercure que ces appareils laissent dans les lieux d’enfouissement et de démantèlement. Incidemment, des pays comme la Corée du Nord, le Yémen et la Chine sont passés maîtres dans la revente de ces métaux lourds sur le marché noir.

L’Europe a légiféré pour contrôler ces déchets dangereux, mais l’Amérique du Nord traîne la patte et tolère une action volontaire des manufacturiers. En conséquence, à peine 2 à 3 % des équipements électroniques sont récupérés par les compagnies.

En 2003, la Californie adoptait l’Electronic Waste Recycling Act et mettait en place, en 2005, un système de consignation (de 6 à 10$ selon le produit). Le Maine a suivi en janvier 2006, en imposant aux manufacturiers de reprendre les vieux téléviseurs, appareils vidéos, photocopieurs et autres équipements électroniques pour ensuite en disposer de manière sécuritaire. Le 20 juillet, le Maine interdisait également la cueillette par les éboueurs, de même que l’enfouissement et l’incinération des vieux téléviseurs et ordinateurs. Selon cette loi, ce sont les municipalités qui organisent la récupération et le dépôt des produits électroniques désuets dans des entrepôts, financés par les manufacturiers. Ces derniers ont ensuite la responsabilité de payer le transport sans risque des produits obsolètes ou de recycler selon les normes en vigueur dans le Maine. Une taxe additionnelle leur est imposée pour la prise en charge des appareils dit orphelins, produits par des entreprises qui ne sont plus en affaires.

Toutefois, malgré toutes ces mesures, les résultats sont mitigés. Durant les cinq premiers mois de l’application de la nouvelle loi, le Maine a récupéré 14 068 vieux téléviseurs et 10 540 moniteurs d’ordinateurs. « Nous aurions pu faire beaucoup plus. Il faut faire savoir aux consommateurs qu’ils recevront entre 5 et 25 $ pour leurs vieux produits. Pour certains, c’est un incitatif qui aurait du poids », croit Pete Didisheim, chef de campagne au Conseil des ressources naturelles du Maine.

Et les manufacturiers appliquent une résistance orchestrée. Selon Pete Didisheim, les 14 plus grosses multinationales de l’électronique, telles que les Hewlett-Packard, Apple, Philips et des syndicats (Glass, Molders, Pottery International Union et Plastics Union), consacrent plus de temps et d’argent à bloquer la législation qu’à faire face à leurs responsabilités. Didisheim souhaite une solution nationale applicable aux 50 États, ce qui aurait un effet d’entraînement auprès des entreprises et des citoyens.