Il y a quelques années, les politiciens et les groupes écologistes des Pays Bas se félicitaient de l’adoption rapide d’une énergie verte et durable par leurs compagnies électriques : l’huile de palme provenant de l’Asie du sud-est. Mais le rêve vert s’est transformé en cauchemar écologique.

L’équation mathématique qui avait tant enthousiasmé les Néerlandais est la suivante: puisque les biocombustibles sont dérivés des plantes, ils absorbent du carbone durant leur croissance et en relâchent dans l’atmosphère lorsqu’ils brûlent. En théorie, les émissions de gaz à effet de serre sont nulles. Mais la réalité est bien différente.

L’an passé, quand des scientifiques examinèrent les plantations de palmiers en Indonésie et en Malaisie, ils devinrent inquiets. La demande croissante pour l’huile de palme en Europe, suite aux subventions allouées à ceux qui se convertissaient à cette énergie propre, a entraîné le déboisement de grandes étendues de forêt équatoriale en Asie du sud-est. Des terres de tourbe furent drainées et brûlées pour faire place à toujours plus de plantations de palmiers. Des quantités importantes d’émissions de dioxyde de carbone furent rejetées dans l’atmosphère.

L’Indonésie est ainsi devenu en peu de temps, le troisième plus important producteur d’émissions de carbone après les États-Unis et la Chine. Tout ça, au nom de l’énergie durable. Beau paradoxe. «Ce constat est choquant et annule toutes les bonnes raisons qui nous ont fait choisir l’huile de palme », indique Alex Kaat, porte-parole de Wetlands, un groupe écologiste hollandais. Selon les études de certains scientifiques, la production de biocombustible, longtemps considérée comme la pierre angulaire pour l’adoption d’une énergie propre, pourrait parfois créer plus d’émissions dangereuses que les combustibles fossiles.

Les politiciens de plusieurs pays s’interrogent maintenant sur la pertinence des millions de dollars de subventions qu’ils ont accordés aux industries pour se convertir à ce combustible supposément écologique. La directive prise en 2003 par l’Union européenne, qui prévoyait que 5,75% des véhicules devraient rouler au biocombustible d’ici 2010, est pour l’instant sur la sellette.

«Si le biocombustible est produit correctement, vous pouvez réduire les émissions de carbone », explique Peder Jensen, de l’Agence européenne d’environnement, à Copenhague. « Cela dépend du type de plante utilisé et de la manière qu’elle est cultivée. Vous pouvez réduire les émissions de 90% par rapport aux combustibles fossiles ou les augmenter de 20%.»

Aux États-Unis et au Brésil, la plupart du biocarburant provient de l’éthanol, fait à partir du maïs aux États-Unis et du sucre au Brésil. En Europe, les huiles de canola et de tournesol sont utilisées. Mais la production locale de plante est insuffisante pour subvenir aux besoins énergétiques des pays européens qui ont décidé d’importer de l’huile de palme.

Le gouvernement hollandais a suspendu son programme de subventions offert aux nouveaux utilisateurs d’huile de palme. Il veut maintenant développer un système lui permettant de certifier les pays qui produisent l’huile de palme de manière responsable. Le ministre de l’environnement a aussi annoncé qu’il paierait une compensation aux Indonésiens pour les dommages que la production de l’huile de palme a pu causer à leur pays.