De loin, la nuit, la ville de La Serena au Chili s’enveloppe d’un halo jaune. Jaune sodium. Les ampoules au sodium dans les réverbères ont récemment remplacé celles au mercure, diffusant une lumière blanche. Un choix énergétique et logique. La Serena est entourée d’observatoires astronomiques perchés dans les montagnes et les télescopes ont besoin d’un ciel libre de lumière blanche la nuit pour dénicher leurs trésors célestes.

Pedro Sanhueza, responsable du Bureau de protection de la qualité du ciel du nord du Chili, voit sa réussite en embrassant la ville du regard. Ses efforts ont d’abord abouti à l’entrée en vigueur en 1999 de la Norme d’émission pour la régulation de la pollution lumineuse. Depuis, 57 % des lampadaires des régions d’Antofagasta, d’Atacama et de Coquimbo utilisent des ampoules au sodium. La prochaine étape : il souhaite qu’il n’y ait plus de lumière diffuse dans le ciel d’ici trois ans. Que tous les faisceaux lumineux soient dirigés vers le bas par des abat-jour.

La cordillère des Andes dans la moitié nord du Chili offre les meilleures conditions d’observation astronomique de l’hémisphère. Mais Malcolm Smith, directeur de l’association des universités pour la recherche en astronomie au Chili (AURA), affirme que « si le Chili ne se pliait pas aux exigences des observatoires, les nouveaux projets allaient chercher à s’installer ailleurs dans le monde. » Et il ajoute : « quand les changements d’éclairage seront terminés, la vie utile des télescopes sera augmentée d’une décennie ou deux. »

En bichonnant ses invités internationaux, le Chili est bien rétribué : en plus de l’expertise chilienne en astronomie développée au fil des ans, l’économie du pays bénéficie des allées et venues des scientifiques venant visiter temporairement les installations, mais aussi ceux qui s’y établissent avec leur famille. Sans oublier le tourisme astronomique qui gravite maintenant autour de certains observatoires offrant des visites.

La petite ville de Vicuña, enfoncée dans la vallée à une heure de La Serena, a été une pionnière dans la conversion au sodium. Pour la remercier, on lui a construit l’observatoire touristique de Mamalluca qui initie des milliers de visiteurs par an aux constellations. Le guide résume la situation de pays hôte du Chili : « Ils ont l’argent, on a le ciel. » Et le Chili a compris que c’était à son avantage de bien traiter la visite.