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Notre envoyé spécial à la Conférence mondiale des journalistes scientifiques en Australie

Faut-il dénoncer les fraudes scientifiques?

Mélanie Robitaille, le 1 mai 2007, 23h00

(Agence Science-Presse) (Melbourne, Australie) Malgré les honneurs remportés pour ses enquêtes, le journaliste australien Norman Swan ne voudrait plus révéler des fraudes scientifiques. À la Conférence mondiale des journalistes scientifiques tenue à Melbourne en Australie en avril, il a affirmé que les conséquences sont souvent lourdes pour les scientifiques à la source de la dénonciation. Sans décourager les journalistes à le faire, il met en garde cependant : « Ces histoires ont rarement des fins heureuses. »

Le Dr Victor Ariel Gallardo, chercheur à l’Université de Concepción au Chili, a été expulsé de l’Institut de recherche en océanographie pour des motifs politiques. Depuis quelques temps, il dénonçait une mauvaise utilisation des fonds de recherche de ses quelques collègues auprès des autorités universitaires. Loin de recevoir de la sympathie, il a été informé par lettre de son expulsion du groupe, le privant désormais de fonds de recherche.

À 72 ans, ce pionnier de l’océanographie désire se concentrer sur ses travaux, même avec des moyens plus limités, plutôt que de perdre du temps à avoir gain de cause.

En 1988, Norman Swan a mis à jour une importante fraude médicale sur les ondes de l’émission The Health Report qu’il anime toujours à la radio d’État australienne ABC. Il a révélé des falsifications dans les travaux de recherche de William McBride. Gynécologue vénéré, le Dr McBride s’était fait connaître en 1961. Il avait montré que la thalidomide, un anti-nauséeux pour femmes enceintes, causait des malformations congénitales. Phil Vardy, son associé de recherche au cours des années 1980, a longtemps eu des doutes sur son honnêteté scientifique sans jamais pouvoir le démontrer. Également présent à la conférence, Vardy a raconté qu’un jour, la preuve écrite est arrivée. Le Dr McBride avait trafiqué les résultats de leur plus récente publication. Vardy le savait puisqu’il avait lui-même fait les expériences. Voyant que son patron niait tout malgré les preuves, Vardy a démissionné en emportant avec lui les données incriminantes. Ce n’est que quelques années plus tard que Norman Swan a été mis en contact avec Phil Vardy et que le scandale a explosé.

Détruire l’institution qu’était le Dr McBride a valu au journaliste rien de moins que le prix Gold Walkley, la plus haute distinction du journalisme australien. Pour sa part, Phil Verby voyait la vérité triompher cinq ans après les faits. Les années avaient été dures pour lui, alors que le seul travail trouvé l’avait obligé à déménager et avait brisé son mariage. Il considère tout de même qu’il s’en est bien tiré, mais « si un scientifique échoue dans sa dénonciation de fraude scientifique, sa carrière est finie. C’est arrivé à plusieurs. Ils avaient la vérité de leur côté, mais pas la reconnaissance. »

Dénoncer une fraude médicale n’est donc pas chose aisée pour les scientifiques. Pour que leur courage ait un impact, Norman Swan croit qu’il faut « mettre l’accent sur l’institution. C’est elle qui a laissé faire, directement ou indirectement, le chercheur fautif. Le jeu en vaut la chandelle seulement si ça change la manière de fonctionner des institutions. » Dans l’affaire McBride, le centre de recherche a réagi en instaurant des directives éthiques claires, en plus de destituer le chercheur. Et si les dénonciateurs paient souvent un lourd tribut, les choses ne sont pas roses non plus pour les journalistes. Norman Swan est encore en procédures judiciaires pour deux autres cas de dénonciation où les institutions l’ont accusé de diffamation. « On ne peut jamais savoir avant comment ça va tourner. » conclut-il.