L'évolution favorise les schizophrènes
(Agence Science-Presse) La schizophrénie pourrait être le résultat de la sélection naturelle. Ce que cela signifie? Qu'elle pourrait donner un avantage à ceux qui en souffrent. Un avantage évolutif.
Dans cette histoire, tout commence avec les gènes. Une équipe internationale dirigée par Bernard Crespi, de l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, a comparé 76 séquences de notre code génétique, toutes associées à la schizophrénie, avec des séquences des codes génétiques des chimpanzés, des rats, des vaches et des chiens.
Or, sur ces 76 séquences génétiques, 28 se révèlent avoir été « favorisées par la sélection naturelle ». Ce qui veut dire que ce n’est pas une mutation malheureuse qui les a amenées là.
Comment un généticien peut-il conclure pareille chose? Parce que ces gènes montrent moins de variations —un gène est une suite de « paires de base », désignées par les lettres A, C, T ou G— que d’autres gènes choisis dans cette recherche à titre de comparaison : c'est quelque chose de normal si ce gène a une utilité, alors qu’on s’attendrait à des variations aléatoires s’il s’agissait d’une simple mutation survenue au hasard.
Si tel est le cas, alors on peut conclure que ces gènes confèrent un avantage à ceux qui en sont porteurs. Un avantage du point de vue de l’évolution biologique, écrivent ces chercheurs dans la revue britannique Proceedings of the Royal Society B.
Mais quel pourrait bien être cet avantage? Une telle question nous entraîne loin en-dehors de la génétique pour entrer dans la psychologie, voire la sociologie. Mais cela expliquerait que la schizophrénie, qui peut être héréditaire et implique des hallucinations ou de la paranoïa, se soit maintenue à travers les millénaires, sans être éliminée par la sélection naturelle. On croit qu’elle affecte 1% des gens, à un point ou l’autre de leur vie.
Ce n'est pas une hypothèse si insolite qu'elle y paraît. Parfois, l’avantage n’est simplement pas là où on pense, rappelle Nature : à titre d'exemple, la mutation qui cause la fibrose kystique protège... du choléra!
Qui sait, peut-être cette percée en génétique provoquera-t-elle de nouvelles recherches en psychologie, sur la piste d'une vieille théorie: une théorie voulant que les schizophrènes seraient capables d'une plus grande créativité.
3 commentaires
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par Visiteur
il y a 4 années
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Ce topo est très intéressant. Je considère le travail de vulgarisation scientifique absolument primordial, mais je suis déçue de cette traduction. Relisez l'article de Nature, et vous comprendrez que les résultats présentés appuient l'hypothèse que l'évolution AURAIT "favorisé la schizophrénie", mais ne concluent pas sur une vérité absolue telle que sous-entendue par votre version traduite. Qu'est-ce que signifie "favorisé la schizophrénie"?? C'est un raccourci du langage courant pour dire qu'au cours de l'histoire évolutive de l'Homme moderne, certaines pressions de sélection (inconnues) aurait pu conférer un avantage sélectif (i.e. plus grande chance de survie/reproduction) aux porteurs de polymorphismes génétiques associés à la schizophrénie, par rapport aux non-porteurs de ces variants génétiques. ***ATTENTION ceci ne veut pas dire que: le trait avantageux est la schizophrénie. Comment est-ce que les chercheurs ont pu arriver à de telles conclusions ? Ils ont analysé la diversité des séquences d’ADN associées à la schizophrénie chez 3 échantillons de population (représentant 3 continents), qu’ils ont comparé à celles de gènes liés à l’activité neuronale ainsi qu’aux séquences correspondantes du génome d’autres espèces de mammifères. Parmi 76 séquences d’ADN liées à la schizophrénie, 28 ont montré des signaux de sélection positive selon l’un ou l’autre de ces 2 différents types de tests. Quelle est la logique derrière ces tests ? En théorie, dans le génome, les variations génétiques s’accumulent au cours de l’évolution de façon aléatoire grâce aux mutations et à la recombinaison. Donc, deux séquences de même longueur prises au hasard dans le génome devraient en principe avoir des profils de variation similaires, de même qu’un gène humain et celui correspondant chez le chimpanzé. Sauf si…une autre force évolutive, telle que la sélection naturelle, a joué un rôle. Si, par exemple, la sélection naturelle a favorisé un type de variation au détriment des autres, on s’attend alors à retrouver moins de variations entre les différentes populations humaines, ou chez l’humain comparativement à son cousin le chimpanzé. Mais il ne faut pas trop généraliser !! Ces observations suggèrent la sélection positive, mais n’y conduisent pas hors de tout doute, puisque d’autres types de forces évolutives pourraient donner lieu à des résultats similaires ! (mais je ne m’engage pas plus dans cette discussion passionnante) C’est de la science quoi !! |



tres inressant comme hypothese