La maladie frappe sans discrimination et pourtant, certaines formes de cancer touchent plus souvent les hommes que les femmes, comme le carcinome hépatocellulaire. On estime qu’en 2007, 1 050 canadiens contre seulement 310 canadiennes seront touchés par ce cancer du foie. Les responsables de cette inégalité : l’œstrogène, l’hormone féminine et l’interleukine 6, une molécule responsable de la réaction inflammatoire du foie.

C’est ce que démontre une étude parue récemment dans Science et menée par Willscott Naugler, chercheur en gastroentérologie à l’Université de Californie à San Diego. Cette disparité des sexes se retrouvant également chez la souris, le chercheur s’est servi de celle-ci pour comprendre les raisons pour lesquelles les femelles semblent protégées contre ce type de cancer.

Au cours de ses recherches, il a observé une production plus importante d’interleukine 6 chez les souris mâles. D’autres résultats ont également démontré que ce cancer se développait dans une proportion équivalente chez les souris mâles et femelles mutantes et déficientes pour l’interleukine 6. Il a ainsi émis l’hypothèse selon laquelle l’œstrogène serait responsable du développement de ce cancer ; cela fut démontré en administrant de l’oestrogène aux mâles qui ont, en conséquence, fabriqué moins d’interleukine 6. Quant aux femelles, elles ont fabriqué, après ablation des ovaires, plus d’interleukine 6 et leur foie s’est détérioré. Ainsi, la production d’œstrogène par les ovaires bloquerait la fabrication d’interleukine 6, ce qui réduirait les risques de cancer du foie chez la femme.

Marc Bilodeau, chercheur en hépatologie à l’Université de Montréal, reconnaît que le cancer du foie est plus fréquent chez les hommes que chez les femmes. Beaucoup de données indiquent une implication du cycle ovarien dans la protection des femmes contre ce cancer ce qui suggère effectivement un rôle des hormones féminines. Selon lui, l’implication de l’interleukine 6 et le rôle direct des oestrogènes est une nouveauté, mais il préfère rester prudent quant à cette découverte. Il considère que le cancer du foie est avant tout un processus complexe résultant de maladies chroniques inflammatoires du foie et l’oestrogène ne saurait être seul en cause dans le développement ou non du cancer.