Un virus mutant se propage chez les humains, transformant ceux-ci en zombies avides de chair fraîche. Possible réalité ou mauvais scénario d’un film d’horreur de série B?

«En matière de phénomènes paranormaux, on ne peut rien exclure ni rien prouver. Par définition, ces phénomènes sont non reproductibles, ce qui les exclut du domaine de la science», déclare Régis Olry, anatomiste à l’Université du Québec à Trois-Rivières, spécialiste de la plastination et passionné des phénomènes diaboliques. «C’est comme la possession diabolique. Elle existe, puisque des malades se prennent réellement pour le diable. Seulement, il est impossible d’en déterminer la cause.»

Le professeur d’anatomie soutient qu’il y a deux concepts derrière les zombies. Le premier est celui, populaire, du cadavre qui reprend vie. «C’est l’aspect folklorique de la question.» Le second est celui des inhumations prématurées, réalité beaucoup plus concrète et terrifiante. «La peur d’être enterré vivant ne date pas d’hier. En effet, au cours des 18e et 19e siècles, une réelle phobie des inhumations prématurées a fait rage dans toute l’Europe.» Il explique que les signes médicolégaux de la mort n’étaient alors pas encore bien établis et qu’un débat était nécessaire pour régler la question et rassurer la population.

Ainsi, divers moyens étaient utilisés afin d’éviter les erreurs de diagnostic de mort. Par exemple, les obitoires étaient des chambres mortuaires d’attente, où l’on déposait les corps des personnes soupçonnées d’être mortes, avant de les enterrer. Une petite clochette était fixée au poignet des morts, en cas de résurrection ! Bien que beaucoup moins probable de nos jours, l’inhumation prématurée est encore possible. Le chercheur rappelle d’ailleurs que pendant la guerre du Vietnam, des marques d’ongles ont été retrouvées dans le couvercle de certains cercueils, après leur rapatriement.

Et que dire des films de zombies, comme le classique «La nuit des morts vivants», ou le plus récent «Resident Evil»? Ces films révèlent deux images principales, explique Martine Roberge, professeure d’ethnologie à l’Université Laval. Celle de l’intégrité du corps, représentée par l’état de décomposition des zombies. Et celle de l’identité collective de l’espèce humaine, menacée par le régime alimentaire des zombies, exclusivement constitué de chair humaine. «Il s’agit ni plus ni moins d’une mise en scène de l’Apocalypse ou de l’autodestruction de l’espèce humaine.»

Malgré la banalité du scénario des films de zombies, ceux-ci demeurent pourtant très populaires. La mort fascine et répugne à la fois, constate Martine Roberge. «De tout temps, l’humain exprime deux grandes peurs: celle de la mort et celle des morts.» Régis Olry note que Freud parlait de la mort comme de l’inconnu absolu. Et l’inconnu fait peur, c’est connu ! Quant au cadavre, «c’est le refuge idéal de la monstruosité», rappelle la chercheuse. Un cadavre qui recouvre la vie, un zombie, est donc le pire des monstres. Mais pourrait-il y avoir une fonction thérapeutique aux films de zombies? C’est ce qu’elle croit. «De la même manière qu’Aristote disait du théâtre qu’il purge les passions, on peut probablement prêter une certaine fonction thérapeutique aux films d’horreur.»