Qui aurait cru qu’il serait aussi facile de piéger les « sceptiques » du réchauffement? Une fausse recherche qui prétend que l’humain n’est pas responsable du réchauffement... et les voilà qui tombent à bras raccourcis dans le piège!

Une recherche dirigée par Daniel Klein, de l’Université de l’Arizona, vient de démontrer que le méthane émis par des bactéries sous-marines jusqu’ici indétectées serait responsable de la hausse des gaz à effet de serre des 140 dernières années, écartant du coup toute responsabilité humaine dans le réchauffement climatique. L’étude est parue dans le Journal of Geoclimatic Studies, journal de l’Institut d’études géoclimatiques à l’Université d’Okinawa, au Japon. Un éditorial, lui aussi accessible gratuitement sur le site web du Journal, a été publié dans la même édition.

Sauf que tout était faux. Le Journal of Geoclimatic Studies n’existe pas —le site web a été créé de toutes pièces— ni les chercheurs qui ont signé l’article... ni même l’Université d’Okinawa!

Six cents stations de radio auraient rapporté cette nouvelle —incluant apparemment celles qui rediffusent l’émission du populaire Rush Limbaugh— selon le rédacteur environnemental britannique David Thorpe, qui a contribué à la mise au point de ce canular, composé d'un site web et d'un article de 4000 mots qui avait toutes les apparences d’un article scientifique !

Y croire parce qu'on veut bien y croire

Mais ce qui réjouit surtout cet auteur et ses collègues —parce que c’était là le but de leur canular— c’est que plusieurs des plus virulents opposants à la « théorie » du réchauffement, sont tombés dans le panneau. Parmi eux, Rush Limbaugh, ex-politicien de droite et animateur ultra-conservateur d’une très populaire émission de radio, rediffusée par des centaines de stations à travers les États-Unis (20 millions d’auditeurs).

Intitulé « Carbon dioxide production by benthic bacteria : the death of manmade global warming theory », l’article —avec graphiques et notes en bas de page— a été mis en ligne dans l’après-midi du 7 novembre. En quelques heures, la blogosphère des « enviro-sceptiques » avait commencé à s’agiter, et les partisans de ce canular ont eu de quoi se lancer dans de réjouissantes recensions. Reason Magazine, publication conservatrice, est notamment tombée dans le panneau; la rédaction a retiré l’article le lendemain.

Un blogueur bien connu des cercles conservateurs, Benny Peiser, s’est lui aussi empressé de citer l'étude —avec enthousiasme— en ajoutant... « Je doute que ce soit jamais rapporté par BBC News »!

Pourtant, une simple recherche « whois » aurait révélé que David Thorpe était le créateur du site web du Journal of Geoclimatic Studies. Même le ton du résumé a instantanément fait douter certains observateurs plus avertis. Une recherche Google sur les « signataires » de l’article aurait tout de suite révélé leur statut de fantômes. Sans parler de l’Institut et de l’université...

« Ce que le canular a montré, écrit David Thorpe, c’est que bien des gens sont prêts à saisir au vol n’importe quoi qui soutiendra leur argumentation », sans se préoccuper que ce soit vrai ou non. Est-ce que les écologistes ne font pas la même chose, se défendront ces « sceptiques »? Au contraire: une recherche parue dans une revue inconnue, signée par des chercheurs inconnus et alléguant que les gaz à effet de serre sont une réalité, ne serait même pas mentionnée : il y en a déjà plus qu'ils ne sont capables d'en citer!

Les amateurs de ce type de canular se rappelleront celui du physicien Alan Sokal qui, en 1996, avait réussi à faire publier dans une vraie revue une fausse étude, farcie d’un jargon incompréhensible et de références tirées de leur contexte. Mais à l’heure de Google, un tel canular ne peut plus avoir la même durée de vie...