Vous ne l’avez peut-être pas remarqué mais aujourd’hui, 12 février, marquait le 199e anniversaire de naissance d’un nommé Charles Darwin. Lui-même. Et si vous n’en avez pas entendu parler, c’est peut-être parce que vous vivez dans une région où on n’a pas senti le besoin de partir en guerre. Pas encore.

La « Journée Darwin », qui s’étend en fait sur toute la semaine, est né d’un tout petit groupe d’Américains outrés du travail de sape mené par les créationnistes et leurs disciples, mais a rapidement rayonné, avec l’aide d’Internet : cette année, son président, Duncan Crary, de l’Institut d’études humanistes à Albany (New York), affirme que 800 congrégations religieuses, à travers les 50 États des États-Unis, participent, d’une façon ou d’une autre, à la Journée Darwin. Et l’insistance sur les congrégations religieuses n’est pas innocente : c’est une façon de souligner que nombre de prêtres et de curés croient bel et bien en l’évolution, sans que cela n’affecte leurs croyances religieuses.

Dans cette optique, au Darwin Day s’est greffé plus récemment Evolution Weekend : du 8 au 10 février, des centaines de prêtres à travers les États-Unis ont prononcé des sermons ou organisé des groupes de discussion sur la « compatibilité » entre foi et science. Pour Michael Zimmerman, de l’Université Butler à Indianapolis, initiateur de ce projet (Clergy Letter Project), « pendant trop longtemps, des voix stridentes, au nom du christianisme, ont affirmé que les gens doivent choisir entre la religion et la science moderne... Aujourd’hui, les chefs religieux participants déclareront que religion et science ne sont pas adversaires. Et ensemble, ils élèveront le niveau du débat national sur ce sujet. »

Au-delà des églises, des centaines d’écoles, de municipalités, de musées, de bibliothèques publiques et d’organismes de toutes sortes, ont organisé cette semaine des conférences, des expositions, des animations à l’intention des jeunes, des débats, des « Demandez à un expert », etc.

Difficile de savoir si, après 13 années d’efforts, cela commence à affecter les 40% d’Américains qui, sondage après sondage, disent ne pas croire en l’évolution, mais les organisateurs tirent régulièrement la sonnette d’alarme : tel conseil scolaire qui s’apprête à voter sur l’inclusion du « dessein intelligent » dans le programme de biologie; telle initiative à grand déploiement est lancée par le Discovery Institute, navire-amiral du mouvement du design intelligent.

Le créationnisme aux portes de l'Europe... en fait, il y est déjà!

Même en Europe : le 8 juin 2007, l’ex-député français Guy Lengagne déposait au Conseil de l’Europe un rapport sur les dangers du créationnisme. Le 27 juin, ce rapport, que l’ex-député espérait voir passer comme une lettre à la poste, était renvoyé en commission, sous le prétexte qu’il était « déséquilibré ». La principale recommandation du rapport était pourtant que « l’Assemblée invite les instances éducatives dans les États membres à promouvoir la connaissance scientifique et l’enseignement de l’évolution et à s’opposer fermement à toutes les tentatives de présentation du créationnisme en tant que discipline scientifique ».

Il a fallu une seconde offensive pour que, le 4 octobre, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (47 pays) adopte une résolution sur « les dangers du créationnisme dans l’enseignement ». On mentionne qu’en France, en Suisse, en Russie, en Suède, en Angleterre, en Turquie et en Allemagne, des groupes créationnistes « interviennent dans les médias ou les universités », tandis qu’en Italie et en Serbie (2004), aux Pays-Bas (2005) et en Pologne (2006), des personnalités politiques ont pris position contre l’évolution.

Comme aurait dit Frodon le Hobbit: les ténèbres progressent...