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LE CERVEAU SOUS LE CHOC

Isabelle Burgun, le 3 juillet 2008, 11h00

(Agence Science-Presse) Après leur passage à travers le corps, les violentes décharges électriques provoqueraient des pertes de mémoire, des maux de tête ou encore de la fatigue persistante. Pire : elles pourraient même provoquer des dépressions.

LE CERVEAU SOUS LE CHOC
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LE CERVEAU SOUS LE CHOC

En plus des brûlures et des arythmies, les décharges électriques entraîneraient aussi des troubles neurologiques, soutient une étude québécoise menée entre 2000 et 2004 dont les résultats figurent dans l’édition de mai de l’American Journal of Emergency Medecine.

« Les étourdissements et la fatigue généralisée sont des maux communs chez près d’un patient sur quatre », relève même le Dr Benoît Bailey. Le pédiatre-urgentologue rapporte également six cas de dépression parmi les patients suivis lors de cette récente étude.

L’équipe de recherche de l’Université de Montréal vient d’établir un lien entre les violentes électrisations et les séquelles neurologiques et neuropsychologiques des patients.

Cette étude, subventionnée par Hydro-Québec, évaluait la fréquence de ces symptômes auprès de 114 patients référés par 21 centres hospitaliers québécois. L’hôpital les avaient gardés sous surveillance durant 24 heures après une électrisation sévère.

Fatigue et douleur en tête

De nombreuses victimes d’électrisation – 26 % des personnes suivies — rapportent principalement de la fatigue généralisée et de la douleur. Elles parlent aussi de pertes de mémoire et d’autres symptômes associés généralement aux troubles dépressifs.

Un an après, 24 personnes sur les 30 cas recensés en souffraient toujours ou rapportaient de nouveaux maux. Pourtant, le lien de cause à effet entre décharge d’électricité violente et perte de mémoire reste encore difficilement explicable. « Les causes de ses séquelles ne sont pas claires », avoue le Dr Bailey.

Aucun des différents facteurs de risques – courant transthoracique, spasmes neuromusculaires, perte de conscience - ne semble être directement relié aux séquelles neurologiques.

Le voltage demeure le facteur majeur à prendre en compte. Car les décharges les plus élevées sont généralement celles qui occasionnent le plus de dommages corporels et de brûlures.

Une victime sur 4 est un enfant
Le courant industriel (347 volts à 1200 volts) touche surtout travailleurs, dont la près moitié des patients de cette étude (51 cas). Les électrocutions industrielles peuvent être parfois si violentes qu’ils peuvent projeter leur victime à plusieurs mètres entraînant des traumas crâniens. Une majorité des accidents sont toutefois survenus à la maison (120 à 240 volts).

Sur ces 65 personnes électrisées à domicile, on compte 26 enfants. « Les enfants de quatre ans et moins sont le plus à risque. Ils vont souvent introduire des petits objets dans les prises », relève le chercheur. Des cas plus familiers pour le Dr Bailey qui œuvre aux urgences pédiatriques depuis le début des années 90.

Les électrisations sévères liées au travail s’avèrent pourtant très courantes. « Nous avions déjà un protocole d’urgence auprès des enfants. Nous avons pu le bonifier en prenant compte les symptômes liés au voltage industriel », explique l’urgentologue de Sainte-Justine.

Référence
“Neurologic and neuropsychological symptoms during the
first year after an electric shock: results of a prospective
multicenter study” par Benoit Bailey, Pierre Gaudreault, Robert L. Thivierge dans l’American Journal of Emergency Medecine, édition de mai :
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18410808