C’est maintenant au tour du Boston Globe de fermer sa section Science —et au magazine Aviation Week and Space Technology de fermer son bureau de Cap Canaveral. D’un côté, l’un des quotidiens les plus prestigieux des États-Unis, qui avait la particularité d’être publié au coeur d’un des noyaux mondiaux de la recherche. De l’autre... « ce journaliste avait couvert Apollo! » s’indigne un observateur.

« Je ne vois pas cela comme un grave recul », se défend l’ex-directeur de l’ex-section hebdomadaire Santé/Science au Boston Globe, qui insiste sur le fait que le contenu continuera d’être publié, mais dans les autres sections du journal. Comme le lui fait toutefois remarquer le journaliste de la Columbia Journalism Review, des domaines comme la physique ou l’astronomie risquent d’avoir du mal à se caser dans les sections sur la santé personnelle ou les affaires.

Dans les autres médias qui ont fait au fil des années cette même promesse, la fermeture d’une section science s’est toujours traduite par un recul de l’actualité scientifique.

Quant à Aviation Week , ce sont trois journalistes ayant chacun au moins 25 ans d’expérience qui perdent leur emploi.

Comme l’a rappelé une table-ronde tenue le mois dernier à Washington sur « Le futur du journalisme scientifique et environnemental », les choses vont de mal en pis pour les médias « traditionnels », mais des lueurs d’espoirs continuent d’apparaître sur Internet, sous la forme de médias de niche, comme Mother Nature Network et Climate Wire.

Ce qui désole toutefois les défenseurs du journalisme « à l’ancienne », c’est que ces médias de niche ne rejoindront jamais le grand public que rejoignaient les journalistes scientifiques de CNN ou du Boston Globe, puisqu’un média de niche s’adresse, par définition, à un auditoire tantôt spécialisé, tantôt « éduqué et militant » comme se définit Climate Wire —et ce dernier, de plus, offre une partie de son contenu par abonnement.

Pour Peter Dykstra, un des journalistes mis à pied par CNN en décembre (et qui écrit maintenant pour le Mother Nature Network), la première cause de cette « marginalisation » du journalisme scientifique dans les grands médias, c’est une banale raison de concurrence. « Si votre premier concurrent est Fox News, c’est une simple décision d’affaires. Pour compétitionner et prendre la place de Fox News, vous n’avez pas besoin de science et d’environnement sur la première page. »

Au Boston Globe, la section Santé/Science avait été créée en 1983, époque qui correspond à l’apogée de la couverture scientifique dans les quotidiens nord-américains. « Même à Boston, La Mecque de la science, ils ne pouvaient pas trouver une façon de soutenir une section science », déplore un ancien journaliste scientifique du Globe, Nils Bruzelius.

Dans ce quotidien, la transition était amorcée depuis un an. L’avenir des neuf employés de cette section est incertain, au moment où le journal dans son ensemble, écrit l’hebdomadaire Boston Phoenix, est engagé dans une nouvelle période de coupes budgétaires.

Pascal Lapointe

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