Aux quatre coins du monde, se multiplient depuis les années 1990 des explosions d’algues rouges, ou algues toxiques, symptômes d’une zone où une bonne partie de la vie sous-marine est disparue —une « zone morte ». Ces éclosions d’algues durent quelques jours ou quelques semaines, puis disparaissent. Or, quand c’est fini, ce n’est pas fini.

Une toxine produite par ces algues microscopiques vient d’être mesurée dans les sédiments, au fond de la mer, des semaines après la disparition des algues. L’équipe de la biologiste marine Claudia Benitez-Nelson, de l’Université de Caroline du Sud, avance que cette toxine pourrait avoir un impact sur les écosystèmes, impact dont les études précédentes n’ont pas encore tenu compte.

Appelée acide domoïque, cette toxine est plus précisément une neurotoxine, parce qu’elle peut causer des problèmes neurologiques aux animaux... et aux humains qui les avalent. Elle est associée à une vague de comportements étranges chez des oiseaux à Capitola, Californie, au début des années 1960 et, plus récemment, on l’a identifiée chez des lions de mer.

C’est la deuxième fois en quelques semaines que ces algues sont sur la sellette là-bas. En février 2009, la biologiste Raphaël Kudela, de l’Université de Californie à Santa Cruz, avait publié une étude, dans PLOS One, concluant qu’une vague de décès d’oiseaux de mer, sur les plages californiennes en 2007, pouvait être associée à des toxines produites par les algues rouges. Cette fois-ci, dans cette nouvelle étude, parue dans Nature Geoscience , on lit que les « cadavres » d’algues coulent rapidement, avec leur toxine, où ils s’accumulent dans des sédiments, à 800 mètres de profondeur. Résultat, les poissons qui naviguent à ses profondeurs peuvent récolter une dose élevée de ce poison, avec des conséquences encore inconnues —mais compte tenu de ce qu’on sait du poison, il y a de quoi s’inquiéter.

C’est une proche cousine algue rouge qui avait fait les manchettes au Québec l’été dernier, lorsqu’on en avait signalé une éclosion dans le fleuve Saint-Laurent, près de Rimouski. À travers le monde, les causes des éclosions d’algues rouges, qui se sont multipliées ces deux dernières décennies, font encore l’objet de controverses. Mais l’hypothèse la plus solide, ce sont les déchets que nous rejetons dans la mer, qui leur fournit un garde-manger de choix. Ces algues se multiplient alors à un tel point qu’elles bouffent tout l’oxygène dans une région donnée, au point d’entraîner la mort ou le déplacement des poissons.

Pascal Lapointe