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La grippe aux 3 bestioles

Agence Science-Presse, le 28 avril 2009, 8h00

(Agence Science-Presse) On disait hier que la grippe porcine se répand beaucoup plus vite que la grippe aviaire. Le secret est dans la sauce —une sauce de gènes différente de ce que les chercheurs ont connu jusqu’ici.

A lire aussi : La grippe porcine est-elle plus grave que la grippe aviaire?

Les premiers cas seraient apparus à Mexico à la mi-mars. L’existence de H1N1 a été confirmée par le CDC le 23 avril. Lundi, 27 avril, l’Organisation mondiale de la santé est passée à une alerte de niveau 4 (sur une échelle de 6), confirmant qu’il s’agit d’un virus transmissible d’humain à humain. Le niveau 5 n’est qu’une question de jours, puisqu’il est défini par « plusieurs cas dans plus d’un continent ».
Mais la grippe porcine (en anglais, swine flu) est connue depuis bien plus longtemps : voyez cet article de Salon.

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Dans H1N1 : H pour hémagglutinine et N pour neuraminidase, deux protéines, dont la combinaison définit une souche différente du virus.

Ça reste indéniablement un des (nombreux) cousins de la grippe, mais un cousin inhabituel. Il faudra encore des semaines, sinon des mois, avant d’en avoir décodé le génome, mais d’ores et déjà, les experts font des déductions qui les surprennent eux-mêmes. H1N1, de son petit nom, est un melting pot de trois versions différentes du virus.

« Il s’est mélangé un peu partout, alors sa génétique est très compliquée », expliquait hier dans Nature le virologue britannique John McCauley, du Conseil de recherche médicale, à Londres.

C’est tout d’abord, là-dessus pas de surprise, une mutation de la grippe porcine, mutation qui lui a permis de franchir la barrière des espèces (du porc à l’humain). Toutes les versions de la grippe, les « nôtres » y compris, subissent des mutations d’année en année : c’est l’évolution. Et c’est la raison pour laquelle le vaccin anti-grippal est renouvelé (et légèrement modifié) chaque année.

De temps en temps, une de ces mutations produit un gaillard qu’on préférerait ne pas avoir dans les parages, comme celui-ci qui a pu sauter la barrière des espèces.

Mais cette version-ci cache aussi en elle des gènes de la grippe aviaire et de la grippe « humaine » : un ménage à trois qualifié par le Centre de contrôle des maladies de « très inhabituel ».

« Où diable a-t-il déniché tous ces gènes, nous l’ignorons », ajoute dans Nature un autre virologue, Robert Webster, de l’Hôpital pour enfants St-Jude (Tennessee). C’est sans doute dans ce mélange inhabituel que réside la clef de la grosse surprise de cette semaine —soit le fait que ce virus, après avoir « sauté » du porc à l’humain, puisse continuer de se transmettre d’humain à humain, chose que la grippe aviaire (ou H5N1) n’a jamais pu réussir.

Cela le rend donc « hautement transmissible » —ce qui veut dire que, même si le taux de mortalité devait se révéler très bas (ça semble être le cas en ce moment), le nombre de morts pourrait tout de même être très élevé : c’est une bête question d’arithmétique. De quoi générer bien des manchettes alarmistes dans les prochains jours...

Il faudra d’ailleurs des semaines (des mois?) pour décoder tous les secrets de sa cuirasse, étape qualifiée d’indispensable pour mettre au point une variante du vaccin anti-grippal qui englobera ce nouveau cousin. Quoique jusqu’à preuve du contraire, les médicaments traditionnels (Tamiflu et Relenza) semblent efficaces pour traiter les symptômes de ce qui, chez la majorité des patients, continue de prendre la forme d’une banale grippe.

Pascal Lapointe