Les humains devront modifier l'esprit de domination qui guide leurs relations avec la nature s’ils aspirent à la justice environnementale. « Nous devons changer notre façon de penser les politiques économiques, axées sur un modèle de consommation et tendre à enrichir le sens de nos vies, à améliorer l'accès à l'innovation sociale, à influencer les politiques publiques et finalement, à comprendre que l'éducation est une question politique », croit l‘économiste Marcel Claude, professeur à la faculté d’économie de l’Université du Chili, à Santiago.

Invité au 5e Congrès mondial d’éducation relative à l’environnement qui se tient présentement à Montréal, le chercheur d’origine belge a déboulonné les préceptes du bien-être basé sur l’idéologie de la croissance infinie des économies. « Dorénavant, nous devons penser en termes de productivité écologique de la nature et de sa capacité de traiter la pollution et les déchets, de rendre des services à la société », insiste-t-il.

Cette vision innovatrice de penser l’économie bouscule les théories de croissance économique basées sur l’augmentation du produit intérieur brut (PIB) et permet de comparer la rentabilité de la productivité biologique. « L’idéologie économique capitaliste actuelle ne tient pas compte de tous les torts subis par la société humaine par la production de produits de consommation qui apportent du mal. Pour qu’il y ait justice sociale et environnementale, il faut comprendre que la production du mal est plus grande que la production du bien », complète le chercheur.

Qu’est-ce donc la production du mal? Claude ne parle pas de moralité. Il s’en tient au lucratif commerce des armes et de la drogue qui font partie de la richesse économique des pays, les coûts de la violence, de la criminalité, de la croissance phénoménale des maladies mentales, des dépressions, de la pollution, des produits toxiques persistants et de la pauvreté. « Tous ces produits du mal ne sont pas pris en compte dans le calcul du PIB, car s’ils l’étaient, cela modifierait profondément les résultats de la production économique basée sur la recherche du profit. On nous parle de justice des revenus, jamais de justice sociale et environnementale », déplore le chercheur chilien. À titre d’exemple, il cite que les investissements dans l’éducation primaire à travers le monde arrivent au 12e rang des dépenses de consommation, loin derrière les armes, les drogues, les parfums, les cosmétiques.

« Le défi de l’éducation n’est pas seulement dans les classes. Nous devons informer la société de la manière dont elle produit la richesse ne fait qu’ajouter de plus en plus de pauvres sur la planète. Nous devons convertir l’éducation pour créer de l’espoir et une nouvelle manière de vivre ensemble », conclut-il.