Il était une fois, au XVIIIe siècle, un dragon chargé de délivrer un message. Pourchassé par les Anglais, il échoua, éventré, au large des plages antillaises.

Aujourd'hui, les scientifiques sont formels : sa dépouille vient d'être identifiée. Un dragon dans l'Atlantique? Non, on ne vous mène pas en bateau. En fait, si.

1783. Le Dragon, un navire de guerre de type corvette, met le cap vers le Cap-Haïtien, sous le commandement du chevalier de l'Espine. À son bord, un message secret destiné au gouverneur de la colonie française. Soudain, au large de Saint-Domingue — actuelle République Dominicaine — des canonniers anglais prennent d'assaut le bateau. Pour sauver leur peau (et la missive), le chevalier de l'Espine n'eut d'autre choix que d'abandonner le Dragon et de le faire exploser en mer.

Deux siècles plus tard, les restes d'un bateau non identifié sont détectés dans cette zone. Après des années de recherches, les archéologues sont, eux aussi désormais, porteurs d'un message : cette carcasse est bien celle du Dragon. Écumant les archives historiques, ils purent retracer son histoire étonnante.

Déboussolés

Pourquoi a-t-on mis autant de temps pour élucider son identification?

Disons que les chercheurs ont un peu perdu le nord. Car le Dragon est en fait une chimère — ce monstre mythologique constitué de parties animales dépareillées. « Nous étions face à un sacré mélange », indique François Gendron, l'un des archéologues ayant pu expertiser des pièces retrouvées à bord. « On y a identifié des canons anglais, des munitions et des boutons d'uniforme français. La coque du bateau était de fabrication nord-américaine. Ça brouillait les pistes! »

Jusqu'au jour où le nom du Dragon émergea dans les publications d’historiens. Et si c'était lui? Après fouilles et expertises, la confirmation est officielle en mars 2009. Son histoire, en partie élucidée, explique cet assortiment inusité : ancien navire-corsaire anglais saisi par les Français, il fut plus tard réparé à Boston après avoir essuyé une violente tempête.

Grâce à des fouilles supplémentaires, «nous pourrons extraire des objets, mais aussi savoir comment, à l'époque, on assemblait des éléments de divers bateaux », explique M. Gendron. Cependant, son extraction complète s'avérerait trop complexe (et coûteuse). L'imposante relique sera donc condamnée à sommeiller sous la mer, recelant une autre énigme : que contenaient ces fameuses dépêches adressées au gouverneur? On attend encore que le Dragon crache son secret sur cette question brûlante.

Aujourd'hui encore, ils pillent les trésors

Si le Capitaine Crochet est mort, il a bien assuré sa succession. Les multiples attaques de pirates récemment recensées au large de la Somalie rappellent que les détrousseurs hantent toujours les océans. Et elles ne sont que la pointe de l'iceberg.

D'après Claude Comtois, professeur de géographie maritime à l'Université de Montréal, plusieurs zones sont à risques : l'Asie du Sud-est, notamment la mer de Java, ainsi que les côtes africaines, à l'est comme à l'ouest.

En 2008, l’Organisation maritime internationale dénombrait 293 actes de piraterie dans le monde. Mais il quasi impossible de recenser le nombre de pavillons noirs aujourd'hui à flot.

Y a-t-il encore quelque chose en commun entre les pirates modernes et les pirates médiévaux? La réponse du chercheur : oui et non. Oui, dans la mesure où ce sont des mercenaires qui prennent des otages et demandent des rançons ou pillent le matériel à bord; non, car les technologies et les équipements ont, bien sûr, évolué (armes à feu, lance-roquettes, etc.).

« Ces attaques bouleversent les grandes lignes maritimes régulières. Les bateaux font de grands détours, ou se mettent sous escorte. Cela représente des coûts énormes! », indique M. Comtois. Les États-Unis et la France redoublent d'efforts pour lutter contre ces bandits modernes, qui saignent les coffres commerciaux.

Pour en savoir plus

Sur l'histoire du Dragon

Pirates des mers d’aujourd’hui, Jean-Michel Barrault, éditions Gallimard.