Si vous avez envie d’écrire qu’une médecine alternative est bidon, méfiez-vous : vous pourriez être poursuivi pour libel. Un juge de Londres a censuré le journaliste scientifique Simon Singh, pour avoir osé parler en mal de la chiropractie.

Déjà, des promoteurs d’autres médecines bidon (le mot anglais est bogus, et il est ouvert à beaucoup d’interprétations légales) utilisent ce jugement pour menacer de réduire au silence leurs critiques.

Simon Singh n’est pas le premier venu : c’est l’un des journalistes scientifiques les plus connus de Grande-Bretagne, grâce notamment à ses livres (Fermat’s Last Theorem et Big Bang). L’an dernier, il avait écrit dans le quotidien The Guardian, un article sur un sujet a priori beaucoup plus simple, la chiropractie : thérapie alternative consistant à traiter des maux de dos, et qui prétend aussi pouvoir guérir des enfants souffrant de coliques, d’insomnies, d’asthme ou d’infections aux oreilles, tout simplement en leur manipulant la colonne vertébrale.

Il en avait profité pour parler des risques inhérents au fait de manipuler la colonne vertébrale (après tout, des gens en sont morts), et signaler ce qui, croyait-il, fait consensus : si les experts sont mitigés quant à l’impact de ce traitement sur les maux de dos, en revanche, pour cinq pathologies d’enfants ciblées par les chiros à travers le monde, il n’existe absolument aucune base scientifique pour affirmer que la chiropractique est un traitement efficace.

Les chiros britanniques et leur association, a-t-il écrit, font la promotion d'un traitement bidon (bogus).

Mal lui en prit, son article était publié à l’occasion d’une semaine de sensibilisation lancée par l’Association britannique des chiros. L’Association n’a pas apprécié. Elle a poursuivi pour libel diffamatoire. Le 7 mai, au terme d’une audience préliminaire, le juge de la haute cour David Eady donnait raison à l'Association, affirmant que l’article la faisait passer pour « malhonnête ».

Simon Singh, qui doit payer une somme de 100 000 Euros (150 000$), peut-il contester cette décision? Ses partisans lui conseillent de le faire, tout en reconnaissant que, sur la base du vocabulaire choisi, ce sera difficile. The Economist cite Simon Singh : « je pense que les thérapies alternatives qui offrent des traitements qui ne sont pas soutenus par des preuves solides sont trompeuses plutôt que délibérément malhonnêtes ».

[Ajout, 8 juin] Simon Singh a annoncé qu’il ira en appel. Parallèlement, en Grande-Bretagne, une lettre en appelant à « garder les poursuites pour libel en-dehors de la science » a déjà récolté plus de 4000 signatures

A visiter: Le site Facebook d’appui à Simon Singh