À moins de deux mois de la conférence de Copenhague, alors que les écologistes s’inquiètent plus que jamais de l’incapacité des climatologues à faire comprendre ce qu’ils savent, l’Université Columbia, à New York, annonce qu’elle suspend son programme de journalisme environnemental.

L’ironie est particulièrement visible chez le journaliste environnemental du New York Times, Andrew Revkin : celui-ci remet en valeur un de ses articles de l’an dernier, où il citait Curtis Brainard, journaliste pour le magazine de l’Université Columbia. Brainard critiquait alors la décision de CNN de faire disparaître son équipe de journalistes scientifiques, une décision qui, disait-il, « semble particulièrement mal avisée à l’heure où les événements mondiaux sembleraient plutôt tendre vers une expansion des équipes de science et d’environnement ».

Le programme de l’Université Columbia —qui abrite par ailleurs l’une des écoles de journalisme les plus prestigieuses des États-Unis— avait été créé il y a 14 ans. Il constituait un cas unique : un programme de maîtrise mixte, en sciences de l’environnement et en journalisme. Il s’agit officiellement, pour l’instant, d’une suspension, et non d’une annulation.

Dans leur lettre, publiée le 19 octobre, les deux directeurs du programme rappellent qu’en cette période de crise des médias, « nous ne nous sentons pas confortables à l’idée d’exhorter des jeunes gens à prendre ce fardeau sur leurs épaules »... Ils font référence aux 89 000$ que coûtent les deux années du programme.

Comme vous le savez... des milliers d’emplois en journalisme ont été éliminés. Les secteurs de la science et de l’environnement furent particulièrement vulnérables. Bien que nos diplômés réussissent bien dans leurs carrières, même ceux qui sont toujours employés trouvent peu d’opportunités pour effectuer le type de reportage substantiel auquel ce programme mixte les a formés.

Sur son blogue depuis deux ans, Andrew Revkin a rappelé à quelques reprises combien il fait partie des chanceux : embauché comme journaliste scientifique au Los Angeles Times au milieu des années 1980, il n’y a pas fait long feu, puisque ce quotidien a coupé son poste, dans le cadre de ce qui allait devenir l’une des premières vagues d’une longue série de coupures en journalisme scientifique, étalées sur les deux décennies suivantes. Toutefois, au contraire de ses collègues d’alors, il a eu la chance d’être embauché par le New York Times, où il travaille toujours, et où il s’est progressivement imposé comme un spécialiste des questions climatiques.

Il y a des ouvertures pourtant, mais elles sont dans des médias spécialisés, non conventionnels, qui échappent aux écrans radars des écoles de journalisme, ou bien, quand ils sont connus, sont considérés avec suspicion : est-ce du journalisme ou de la communication? Par exemple, aux États-Unis, Yale Environment 360, publié par l’Université Yale, ou ClimateWire, publié par un éditeur de Washington spécialisé dans les questions d’énergie.

Et dans le commentaire qu’il ajoute lui-même au bas de son article, le journaliste Curtis Brainard, de la Columbia Journalism Review, note que des diplômés de ce programme de journalisme environnemental sont nombreux à être employés aux communications de « l’Agence de protection de l’environnement, du Musée américain d’histoire naturelle, de l’Union géophysique américaine ou du Service des pêches de la Nouvelle-Zélande ». Autrement dit, le journalisme environnemental se porte mal, mais les relations publiques, elles, continuent de prendre de l’expansion.

Mauvaise nouvelle, malgré tout, pour le grand public? C’est l’opinion du scientifique engagé Joe Romm, pour qui « la communauté scientifique a échoué lamentablement à communiquer le risque de catastrophes qu’entraînent les changements climatiques ». Et ce, au moment où les questions d’énergie semblent, sous Obama, vouloir prendre de l’importance dans l’ordre du jour politique.