TORONTO - Le secret est dans la communication. Pour parvenir à jeter des ponts entre science et politique, il faudra que les scientifiques apprennent à mieux communiquer. Autant pour combattre l’analphabétisme scientifique... que pour sortir la stratégie canadienne de l’innovation de la page des Archives où elle s’est endormie.

Mais « communiquer » peut vouloir dire bien des choses, comme on a pu le constater lors du premier congrès sur la politique scientifique canadienne (en anglais, Science Policy), qui avait lieu la semaine dernière à Toronto. Ce congrès, une première du genre, réunissait en un même lieu deux ministres, des présidents d’organismes subventionnaires, des entrepreneurs et quelques (trop rares) scientifiques.

Pour le conférencier-vedette, Preston Manning, ancien chef du parti réformiste, « communiquer » signifie par exemple de parler le langage des politiciens quand on s’adresse à eux, plutôt que de leur donner un cours de vulgarisation. Il a ainsi esquissé une leçon de Journalisme 101 : quand on communique, on doit s’ajuster à son public.

Parallèlement, Elena Brief, présidente de la Société des femmes canadiennes en science et technologie, a proposé, dans un atelier sur la démocratisation de la science, qu’on investisse davantage dans des recherches basées sur la participation de la communauté : « dans la recherche participante, les partenaires participent en préparant les questionnaires, en choisissant les méthodes, en analysant les données, en interprétant les résultats et en communiquant les résultats ». Ces « partenaires » peuvent être aussi bien une communauté régionale faisant face à des problèmes environnementaux, que des groupes de femmes.

En comparaison, le ministre de la Science, Gary Goodyear, dont l’intervention du vendredi matin était très attendue, est resté prudent, préférant insister sur les investissements récents en science et technologie.

Mais Manning avait déjà frappé les esprits la veille, en soulignant l’importance d’avoir des « récepteurs » au parlement, c’est-à-dire des gens « réceptifs » à la science. Sa solution : que les scientifiques s’investissent en politique, soit en se présentant aux élections, soit en pénétrant les équipes qui accompagnent les politiciens.

S’il n’y a pas de récepteur au niveau politique pour des propositions de politique scientifique, alors il est impossible de se connecter.

Au cours de la période de questions, une étudiante a reconnu que la perspective de devoir investir la politique la « terrifiait ».

Un congrès qui part de loin

Étonnamment, ce congrès avait presque entièrement été organisé par des étudiants (maîtrise, doctorat, post-doctorat). En majorité ontariens, et presque tous anglophones.

L’une des membres du comité organisateur, Odile Nelly Lagacé, étudiante à la maîtrise en sciences de l’Université de Toronto, a rappelé qu’il y a un an et demi, cette initiative est partie de zéro, ou presque : juste un site web qui faisait une revue de presse automatique des articles « science et politique » parus dans la presse canadienne anglaise.

Toutefois, la liste des 350 inscrits révèle que très peu de scientifiques étaient là à titre de scientifiques : des présidents de firmes de consultants, d’associations professionnelles, des représentants de musées, des hauts fonctionnaires, et beaucoup d’étudiants aux cycles supérieurs.

Un premier pas? Les organisateurs évoquent déjà la possibilité d’un deuxième congrès, l’an prochain. En attendant, ils sont repartis avec des devoirs à faire : une longue liste de recommandations dont il pourrait se dégager des priorités pour ce deuxième congrès, ou pour un « Institut virtuel » de recherche sur les politiques scientifiques...