(Vauban, Fribourg-en-Brisgau, Allemagne) - Recyclage, apaisement de la circulation automobile, augmentation des espaces verts… les initiatives municipales en faveur de l’environnement vont bon train, mais restent parfois bien limitées. Certaines villes ont cependant une longueur d’avance et se font visionnaires. C’est le cas de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne) et de son quartier Vauban. Si ses habitants se targuent de vivre dans l’un des « arrondissements les plus verts au monde », c’est que depuis sa construction, ils n’ont pas attendu les élus pour prendre des initiatives.

Lorsque Hartmut Wagner (70 ans) et sa femme Clara (68 ans) ont pris leur retraite, ils ont souhaité fuir le ciel gris de Lüdenscheid – une ville industrielle d’Allemagne — pour un climat plus ensoleillé. Mais pas question de s’installer n’importe où : « il fallait que ce soit dans un endroit où nous pourrions vivre en conformité avec nos principes écologiques », explique Mme Wagner.

Sur les conseils d’une ancienne collègue, ils décident d’emménager dans le quartier Vauban de Fribourg-en-Brisgau, une bourgade paisible située plus au sud. Ce quartier en développement à l’époque a été construit à même d’anciennes casernes militaires délaissées par les troupes françaises en 1992. L’histoire commence par l’occupation illégale d’un premier bâtiment par un groupe étudiant pour y loger des personnes à faibles revenus. La ville laisse faire tout en s’empressant de lancer un plan de développement en 1996.

Mais le modèle proposé par les jeunes étudiants a déjà obtenu l’adhésion d’une partie de la population qui souhaite s’impliquer pour réaménager ce nouveau quartier. Une association, le Forum Vauban, a été créée pour faire entendre la voix des Fribourgeois en vertu d’une loi sur la participation citoyenne. Ensemble, ils ont dessiné la ville qu’ils souhaitaient : des rues sans voiture, un accès facile au tramway, des maisons vertes… « Ce n’est pas comme si on nous avait imposé un mode de vie, nous avons l’avons choisi! », commente Mme Wagner.

Avec son mari, elle se sent très à l’aise dans son quartier, où seulement 2 % des habitants ont plus de 65 ans. « Nous avions une petite appréhension au départ quant à réussir à nous intégrer dans un quartier aussi jeune. Finalement, nous ne regrettons pas; nous n’avons jamais été aussi actifs et débordants d’énergie. » Le couple garde les enfants des voisins, s’investit dans une chorale, jardine, etc.

Il a cependant fallu attendre trois ans avant d’emménager dans le nouvel appartement de la résidence Kleehäuser. Ce délai a été consacré à des discussions au sein d’un « Baugruppe », un groupe de futurs copropriétaires se réunissant pour construire ensemble un lotissement. « Le moindre aspect a été débattu entre nous », se rappelle M. Wagner. « De l’installation d’un atelier commun, à la peinture extérieure en passant par les panneaux solaires et la récupération de l’eau de pluie ». Ce modèle a été largement utilisé pour le développement du quartier.

Aujourd’hui, les Wagner ont abandonné leur voiture et en louent une par internet à l’occasion. Près de 80 % de leurs trajets se font à vélo. Clara Wagner peut aujourd’hui trouver facilement des aliments bios et équitables à proximité de son logement. Son mari a dû lui aussi s’adapter. « J’ai eu du mal à adopter les saucisses au tofu! Sachant la quantité énorme de méthane produite par les élevages intensifs, je savais bien que c’est plus durable sans bœuf, mais j’ai dû me faire au goût! », explique-t-il en riant.

Pour rien au monde, il n’aurait non plus renoncé à sa douche chaude du matin. « Nous n’avons aucune obligation. Il n’y a aucun dogme à Vauban. C’est essentiel d’avoir le choix de changer ou non une habitude. Mais plus on est informé, plus c’est facile! Certaines familles possèdent toujours une voiture et ne sont pas jugées pour autant. Moi je n’ai pas honte de prendre un sac en plastique à l’épicerie. Mais je le recycle souvent! »

« Il y a ici un bon mélange entre individualisme et communauté, précise Mme Wagner. Nous nous entraidons beaucoup, nous adorons nous occuper des enfants des voisins et nous nous réunissons souvent pour fêter. Mais lorsque la porte se ferme, c’est le signal que l’on souhaite s’isoler »

Pour des retraités comme les Wagner, c’est une nouvelle vie qui leur permet d’éviter l’isolement social et de concilier proximité avec la nature et retraite active. Les jeunes familles y voient un mode de vie sécurisant pour élever leurs enfants à la fois à proximité de la nature et des centres culturels.