Ça n’ébranle pas autant l’économie que les déboires de l’industrie automobile, mais le dernier représentant d’une industrie américaine est mort cette année : les fabricants de pinces pour les cordes à linge.

Aussi curieux que cela semble, ce dernier représentant, la compagnie National Clothespin, du Vermont, importe désormais ses pinces à linge... de Chine.

C’est le manque de demande qui est en cause : selon l’initiative Laundry List, qui s’est donnée pour mission de —ce n’est pas une blague—réhabiliter la corde à linge, 80% des foyers américains utilisent un sèche-linge électrique, et des millions d’autres vont à la buanderie du coin.

Il faut savoir que dans bien des villes, tout comme au sein de plusieurs associations communautaires ou de quartiers, suspendre son linge à l’extérieur est illégal. En Floride et en Utah, c’est l’État qui en a décidé ainsi.

L’argument le plus fréquent : cette « pollution visuelle » diminuerait la valeur des maisons ou des appartements des voisins, le linge étendu à l’extérieur étant synonyme de pauvreté. Le cas extrême : en juillet 2008, un homme du Mississippi a pris son fusil et tué son voisin, parce que, a-t-il dit, il en avait assez de voir celui-ci s’entêter, en dépit des avertissements, à étendre son linge à l’extérieur.

Leurs voisins canadiens des grandes villes ne font guère mieux en matière de règlements encore que, l’an dernier, l’Ontario lançait une consultation publique en vue d’un projet de loi qui abolirait une partie des interdictions locales d’étendre son linge à l’extérieur.

Il faut dire qu’en cette ère d’économies d’énergie, ça commence à sonner faux. L’an dernier, l’Ontario évaluait que les sécheuses électriques dépensaient 900 kilowatt heures (kWh) par année, soit 6% de la consommation d’électricité résidentielle. Ce qui est un peu plus que la corde à linge...

Et au Québec, que bien des touristes décrivent avec surprise comme le paradis de la corde à linge? Seulement 3% de la consommation d’énergie résidentielle, écrivait Le Devoir l’an dernier, mais pas nécessairement parce que les Québécois sont moins énergivores que les Ontariens : ce sont plutôt les frais de chauffage plus élevés des hivers québécois qui faussent les données.

Le lobbying porte peut-être fruit : le mois dernier, une sénatrice de Virginie déposait un projet de loi au Congrès de son État qui interdirait aux villes et quartiers d’interdire les cordes à linge. Et au cours de la dernière année, rapportait le New York Times, des élus du Colorado, du Maine, du Vermont et d’Hawaii ont renversé ces interdits.

En Virginie, le projet de loi appelle ça des « outils de séchage éolien ».