En Haïti, après avoir pansé les plaies et enterré les morts, commencera le gigantesque travail de reconstruction. Mais celui-ci pourrait bien ne pas suffire, parce que derrière ce travail, pointe la menace des glissements de terrain. Et derrière cette menace, sommeille une écologie qui défavorise Haïti.

La radio américaine NPR a trouvé celui qui, à sa connaissance, est le seul ingénieur en tremblement de terre de tout le pays. Pierre Fouche était bien placé pour savoir que les édifices étaient affreusement vulnérables à un séisme. Des gens plus aisés, explique-t-il, peuvent certes construire des murs et des planchers renforcés avec des tiges d’acier; mais même ceux-là n’atteignent pas les normes permettant de résister à la force latérale d’un séisme.

« Le séisme, c’est beaucoup plus un type de perturbation latérale, [et pour ça] vous avez besoin d’une construction spéciale. » La grande majorité des bâtiments haïtiens n’atteignent pas ce niveau de résistance. Même ceux de brique ou de béton : lors d’un séisme, explique NPR, le mur qui est perpendiculaire à la direction du séisme... « explose ». C’est ce qui s’est passé à Port-au-Prince, maison après maison.

Pourra-t-on reconstruire plus solide? C’est ce que recommande dans Le Monde le représentant d’un organisme appelé Architectes de l’urgence : « reconstruire vite mais pas précaire ».

Sauf qu’on n’en est pas là parce que déjà, pointe une autre menace : les glissements de terrain. Au cours du dernier siècle, la déforestation a fait des ravages sur le sol haïtien, rendant celui-ci plus sablonneux et plus vulnérable.

Il faut savoir que normalement, dans un sol gorgé de pluie, les racines des arbres servent littéralement d’éponge. Sans racines, la terre se transforme rapidement en boue; le sol devient d’une extrême fragilité. D’où, des glissements de terrain. Et les dizaines de répliques au tremblement de terre ces derniers jours constituent la meilleure façon de fragiliser encore plus le sol.

Enfin, Haïti n’est pas gâtée par la nature. Certes, ce sont les humains qui ont détruit la forêt —alors que la République dominicaine, qui occupe l’autre partie de l’île d’Hispaniola, a réussi à préserver la sienne— mais la direction des vents et la forme des montagnes a de tout temps favorisé la République dominicaine. Comme l’explique l’auteur Jared Diamond dans son livre Collapse: How Societies Choose to Fail or Succeed, la nature « travaille contre Haïti » : la pluie arrive surtout de l’Est —là où est la République dominicaine— et les montagnes plus hautes de ce côté, retiennent une plus grande partie de cette pluie, qui, en plus, coule en rivières vers l’Est. Résultat, l’Est de l’île est plus arrosé, bénéficie d’une végétation plus luxuriante et d’une agriculture plus lucrative.

En résumé : les infrastructures sont tombées, le sol pourrait leur glisser sous les pieds, et l’environnement joue contre eux. Il faudrait donc reconstruire plus solide qu’avant, sans quoi lors de la prochaine catastrophe, tout repartira à zéro —comme cette fois-ci. Mais pour reconstruire plus solide qu’avant, il faut davantage qu’une aide d’urgence, et pour rendre le sol moins vulnérable il faut davantage qu’une réaction internationale sous le coup de l’émotion. La solidarité avec Haïti durera-t-elle plus d’un mois?