À présent que George W. Bush a quitté la vie publique, le Canada deviendra-t-il la tête de Turc des scientifiques? Dans sa dernière édition, la prestigieuse revue britannique Nature critique sévèrement la politique scientifique canadienne pour son absence de vision.

« La science canadienne ne peut réaliser son plein potentiel sans des indications claires de son gouvernement », commence l’éditorial. Celui-ci mentionne tour à tour l’absence de lignes directrices qui a entraîné la saga du réacteur nucléaire de Chalk River, le financement déficient des recherches sur l’Arctique —qui fait aussi l’objet d’un texte d’opinion distinct— les coupures à Génome Canada et l’absence de voix commune pour parler au nom de la science :

Le Canada n’a aucun groupe comparable à l’Association américaine pour l’avancement des sciences pour attirer l’attention sur la politique scientifique. Le lobby auprès des organismes gouvernementaux ayant un pouvoir sur la science est fragmenté. Et le Canada n’a rien de comparable à l’Office des politiques scientifiques de la Maison-Blanche, qui est dirigé par un conseiller scientifique se rapportant directement au président américain.

Le Canada ne manque pourtant pas de force, rappelle la revue britannique, mais « la politique gouvernementale canadienne en fait trop peu pour soutenir et utiliser cette force ». C’est également ce que reproche John England, de l’Université de l’Alberta, dans le texte d’opinion publié dans la même édition : « un manque de coordination » a pour conséquence que, d’un côté, des chercheurs reçoivent d’importantes subventions pour mener des recherches sur l’Arctique... tandis que de l’autre côté, il n’y a pas d’équipement disponible pour se rendre là-bas.

Si le gouvernement a besoin d’être convaincu de l’impact que pourrait avoir une stratégie polaire concertée, poursuit England —qui est en charge de la Chaire de recherches sur le Nord dans son université— « il n’a qu’à observer le succès » de la politique de recherche sur l’Arctique des États-Unis, ou même celles de la Norvège, la Suède et la Finlande.

Dans son éditorial, Nature pointe comme un « signe d’espoir » d’un dialogue le tout premier congrès sur la politique scientifique canadienne, qui avait lieu à Toronto en octobre (voir notre article ici) mais encourage avant tout le gouvernement à se doter d’une personne-clef pour parler au nom de la science : que ce soit un conseiller scientifique du premier ministre (dont le poste avait été aboli en 2008), ou un ministre « doté des pouvoirs nécessaires pour mettre en place un ordre du jour national vigoureux ».