San DiegoCombattre l’allergie… par l’allergène! C’est ce que propose un groupe de chercheurs de la Grande-Bretagne pour désensibiliser les enfants allergiques à l’aliment le plus commun et aussi le plus mortel : les arachides.

Environ 2 % des adultes et 8 % des enfants souffrent d’allergies alimentaires sévères sur la planète, et le nombre de cas augmente chaque année. Pour certains, même l’ingestion d’une quantité infime d’allergène peut se révéler fatale.

Andrew Clark et son équipe de l’hôpital Addenbrooke à l’Université de Cambridge en Angleterre ont introduit de la farine d’arachide dans la diète quotidienne de 23 enfants souffrant d’allergies sévères aux arachides. Débutant avec une dose minime – 1 mg – on a mélangé la farine d’arachide à du yogourt. Toutes les deux semaines, on a augmenté la dose pour atteindre l’équivalent de cinq arachides, soit 800 mg. Cette dose a été maintenue pendant un minimum de six semaines.

La majorité des enfants, âgés de 7 et 17 ans, ont ressenti des réactions lors de l’augmentation de la dose, toutes les deux semaines, incluant des picotements dans la bouche et des maux de ventre. Par contre, ces réactions ont été limitées aux six premiers mois de l’étude.

Une seule contre-indication : impossible pour les enfants de faire un exercice physique une heure après avoir ingéré l’allergène. On a remarqué que l’exercice entraîne une augmentation du risque de réaction du système immunitaire, et par conséquent un risque accru de réaction allergique à la protéine de l’arachide ingérée.

Après six mois de ce traitement, les tests d’allergie ont démontré que 19 des 23 enfants pouvaient tolérer l’ingestion de douze arachides en une seule journée. Les chercheurs concluent donc que les enfants, autrefois allergiques aux arachides, ont ainsi été désensibilisés à la protéine allergène en l’introduisant graduellement à leur régime quotidien.

Les familles des enfants allergiques rapportent que, grâce à ce traitement de désensibilisation, il n’est désormais plus nécessaire de scruter les emballages à la loupe à la recherche de la mention de traces d’arachides. La peur de la nourriture s’est dissipée et la qualité de vie de ces familles s’est grandement améliorée.

L'équipe britannique vise éventuellement une tolérance de l'allergène sans consommation de celui-ci chaque jour. D’ailleurs, lors de la présentation de ces résultats au congrès AAAS à San Diego, Andrew Clark a annoncé qu’une étude du département de santé publique de la Grande-Bretagne débutera le mois prochain (en mars) avec un échantillon d'une centaine d'enfants allergiques aux arachides. C'est un premier pas vers un possible traitement de l'allergie alimentaire.

Une autre avenue de traitement

Une équipe de chercheurs du Mount Sinaï à New York ont également découvert la possibilité d’un traitement pour les allergies alimentaires dans les herbes de médecine traditionnelle chinoise.

En combinant un mélange de neuf de ces herbes, généralement utilisées pour soigner l'asthme et les parasites, les chercheurs ont remarqué une certaine tolérance des souris allergiques aux protéines retrouvées dans les arachides. D’autres études devront par contre s’ajouter, notamment sur des sujets humains, avant d’y voir une possibilité de traitement efficace.

La communauté scientifique semble toutefois très enthousiaste, car cette découverte pourrait paver la voie vers une autre sorte de traitement, outre la désensibilisation.