Si vous avez près de 50 ans, sachez que 30 % des espèces vivantes ont disparu depuis que vous êtes né! Que la communauté scientifique internationale s’entende ou non sur les mécanismes du pourquoi et du comment, les changements climatiques sont en marche : les climatologues observent une courbe exponentielle des émissions de CO2 dans l’atmosphère depuis les années 2000. Parallèlement, les mesures de température montrent une hausse de la température de 1,4°C au Canada dans les 50 dernières années. Le climat se réchauffe donc inexorablement, et ça ne fait que commencer.

Conscients des enjeux écologiques et des répercussions économiques sur la société, le Québec et le Canada se sont dotés en 2001 d’un consortium de recherche appelé Ouranos, issu d’une collaboration entre le gouvernement québécois, Hydro-Québec et Environnement Canada. Objectif : étudier les changements climatiques et leurs impacts socioéconomiques et environnementaux pour conseiller les décideurs sur les stratégies d’adaptation à mettre en œuvre sur le plan local et régional. Un vaste programme qui a fait l’objet d’un colloque au 78e Congrès de l’ACFAS à l’Université de Montréal.

Au cœur de ce programme de recherche, la question de la prévision du climat à l’horizon de la fin du siècle et des adaptations biologiques et écologiques potentielles. Comme l’ont précisé les chercheurs, même si les sources d’incertitudes sont nombreuses – réussirons-nous à réduire de manière significative nos gaz à effet de serre dans un proche avenir? Comment chaque espèce s’adaptera-t-elle aux changements climatiques? – un travail de prospective est nécessaire, car les changements sont rapides.

Quelles que soient les incertitudes, les modèles montrent d’ores et déjà que par position géographique, le Québec — comme le reste du Canada — aura à gérer des changements climatiques d’une ampleur plus grande que dans les régions plus tempérées du l’hémisphère nord. Le climat actuel de la région de Montréal devrait se déplacer de quelques centaines de kilomètres en direction du nord et du nord-est d’ici la fin du siècle – en pleine région du lac Saint-Jean — engendrant des adaptations de la flore et de la faune.

Par effet domino, les espèces de la région arctique, dont le Caribou de Gaspésie – il ne reste plus que 115 individus —, subiront de fortes contraintes climatiques à cause du réchauffement de leur écosystème. Ainsi, le Québec qui se caractérise par une biodiversité assez pauvre due au climat devrait connaître un accroissement significatif de sa biodiversité par migration des espèces vivant plus au sud. Il faut s’attendre à voir apparaître de nouvelles espèces dont certaines potentiellement indésirables.

Ouranos, à travers la localisation des futures niches écologiques des espèces actuelles, permet donc de dresser une cartographie de ce que sera notre habitat, avec toutes les surprises que la nature nous réserve! Ainsi, les gestionnaires peuvent d’ores et déjà s’atteler aux problèmes de ressources forestières et hydrauliques, de transport, d’infrastructures urbaines, de navigation fluviale, d’agriculture, etc. Et anticiper les changements culturels de notre belle province : devrons-nous partir sur la Côte-Nord pour cueillir les pommes à l’automne?