Enjeux éthiques liés aux interventions, rôle des médias dans le processus d’information, refus de vaccination de la part de certains cliniciens. Les différents aspects de la dernière campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) ont été scrutés à la loupe lors du colloque Éthique et Vaccination présenté dans le cadre du récent Congrès de l’ACFAS.

Discipline développée il y a une quinzaine d’années, l’éthique en santé publique traite des questions morales qui peuvent s’interposer entre la théorie et la pratique de la santé publique. Elle fait appel à des concepts empruntés à la philosophie pour évaluer les pratiques médicales liées à la santé des populations. « La difficulté en éthique de la santé publique est de trouver le bon équilibre parmi les valeurs fondamentales qu’on doit promouvoir à travers les politiques de santé publique. Comme toutes ces valeurs ne peuvent pas toujours être respectées, certaines doivent être privilégiées au profit d’autres, l’enjeu étant de minimiser les empiètements sur les valeurs jugées les plus importantes pour la population », explique Raymond Massé, professeur au département d’anthropologie de l’Université de Laval et expert en éthique de la santé publique.

En passant en revue les 12 valeurs phares qui définissent un principe éthique — le respect des libertés et de la vie privée, le devoir d’intervenir de la part de l’État, l’équité des soins, la transparence en matière de communication, etc. —, Alain Poirier, directeur national de santé publique, a montré en début de colloque comment l’éthique a été prise en compte dans la gestion de la campagne de vaccination au Québec avant, pendant et après la pandémie. Une analyse jugée satisfaisante comme en témoigne le taux de crédibilité de la population vis-à-vis de la santé publique qui a atteint les 80 % à la fin de la pandémie.

Et, si la couverture médiatique de la pandémie a été vivement critiquée, Alain Poirier avoue avoir tiré un large profit des médias pour rester en lien avec la population à travers les journalistes « Une première page dans les journaux pour rejoindre les gens, ça vaut de l’or! » a-t-il précisé.

Pour Raymond Massé, le travail d’information et de conviction mené par les professionnels de la santé publique a suffi pour atteindre un taux de vaccination de 60 %. Il constate cependant que la campagne nationale a beaucoup insisté sur le droit individuel au détriment du devoir et de la responsabilité individuelle. Il serait profitable d’après lui de promouvoir davantage les valeurs de responsabilité citoyenne et de solidarité en cas de pandémie future plus sérieuse.

Concevoir l’éthique dans un continuum temporel, promouvoir la formation continue auprès des professionnels, développer une éthique politique critique intégrant des questions telles que « les plans de santé publique sont-ils trop motivés par des considérations économiques? » sont quelques recommandations que les experts en éthique présents au colloque ont préconisées.

À l’issue de leurs interventions, tous les participants s’accordaient à reconnaître que l’OMS et les gouvernements ont mal évalué le risque et la virulence de la grippe A (H1N1), mais que si rien n’avait été fait, les services de santé publique auraient manqué à leur mandat éthique. Le principe de précaution a donc prévalu. Un homme vacciné en vaut deux!