Visiter un astéroïde, mais lequel?
(Agence Science-Presse) En annonçant qu’avant d’aller sur Mars, des humains pourraient aller, d'ici 2025, se poser sur un astéroïde, le président Obama s’est bien gardé de dire quel astéroïde. Parce que le choix pourrait s’avérer aussi délicat que le voyage.
Pourquoi un astéroïde?
La raison martienne arrive en tête de liste : si on trouve le bon astéroïde (voir texte principal), une mission ne prendrait que quelques mois, contre près d’un an pour atteindre Mars. Ce serait donc un test pour les technologies et, surtout, pour la psychologie d’un groupe d’humains en confinement.
Par ailleurs, on sait grâce aux dinosaures —et au cinéma de science-fiction— que ces astéroïdes entrent parfois en collision avec la Terre. Or, on ignore à peu près tout de la composition interne d’un astéroïde, ce qui serait utile, si un jour on veut changer la trajectoire de l’un d’eux.
Certes, il y a des millions d’astéroïdes à notre disposition, mais comme la grande majorité d'entre eux se trouvent plus loin que Mars, ils sont éliminés d’emblée : à quoi bon faire une répétition d’un voyage vers Mars en choisissant une destination qui serait plus lointaine encore? Le choix doit donc se porter sur ces astéroïdes dont l’orbite les amène à l’occasion plus près de la Terre : et ceux-là, on en recense pour l'instant 1200.
Mais beaucoup suivent des orbites si excentriques qu’entre 2025 et 2030, ils seront trop loin pour être intéressants. Une étude menée en 2009 par Paul Abell, du Centre spatial Johnson, ajoutée à des astéroïdes découverts plus récemment, ramène le nombre de candidats à 42.
Et encore, l’orbite et la « proximité » de la Terre ne sont pas les seuls critères : un astéroïde qui tourne sur lui-même trop vite devrait être rejeté, parce qu’il serait trop difficile aux astronautes d’y « jeter l’ancre ». Pour l’instant, on ignore la vitesse de rotation de la plupart des astéroïdes. Par ailleurs, un caillou à la forme trop irrégulière poserait des problèmes particuliers à une fusée qui tenterait de lui tourner autour. Donc, il faudra attendre d’en avoir identifié plus que 42 pour avoir une liste de choix assez longue.
Même une fois choisi, se poser sur l’astéroïde demandera une technique inédite. Les objets dont on parle ici n’ont pas des dizaines de kilomètres de diamètre, mais des dizaines... de mètres. Dans l’espace, ça veut dire qu’ils ont une force d’attraction extrêmement faible. On ne s’y met pas en orbite comme on se met en orbite autour de la Lune : on ralentit progressivement son vaisseau spatial, et on ajuste sa vitesse à celle du caillou. La photo ci-contre est une simulation informatique de cette trajectoire.
Et si on finit par s’y poser, « l’ancre » prend tout son sens, parce que faute d’une gravité suffisante, le moindre bond vous expédie dans l’espace...

