Une recherche qui démontre que le fait de planter des aiguilles dans le corps déclenche la production d’un anti-douleur : cette recherche démontre-t-elle l’efficacité de l’acupuncture... ou juste l’efficacité des aiguilles plantées dans le corps?

Émoi prévisible, cette semaine, avec la parution de cette étude dans Nature Neuroscience. Le communiqué de presse et la déclaration de la neurologue Maiken Nedergaard, de l’Université de Rochester (New York) sont riches en sous-entendus : « l’acupuncture a été un élément de base du traitement médical dans certaines parties du monde depuis 4000 ans », commence-t-elle. Mais encore?

Officiellement, l’acupuncture s’appuie sur l’existence d’une toile d’araignée de « lignes d’énergie » (le chi) parcourant notre corps, aux intersections desquelles les aiguilles auraient un effet bénéfique. Or, ce que cette recherche démontre, c’est simplement qu’il y a production d’adénosine (l’anti-douleur, ou anti-inflammatoire en question) lorsque des aiguilles sont plantées sur un endroit de la patte des souris (cet endroit ne figure pas dans les « intersections de lignes d’énergie »). Et ça ne fonctionne qu’avec les souris souffrant d’inflammations des pattes.

Depuis la parution le 30 mai, les auteurs se font reprocher d’avoir gravement manqué de prudence en amalgamant leurs résultats, qui ont un intérêt indéniable, à une sorte d’apologie de l’acupuncture : « depuis son développement en Chine vers 2000 av. J.C., l’acupuncture est devenue une pratique mondiale ». Or, non seulement leurs résultats ne valident pas l’acupuncture telle qu’elle est définie depuis 2000 av. J.C., mais en plus, le fait que des aiguilles plantées (au hasard) sur la peau puisse avoir un effet, est assez bien accepté dans la communauté médicale...

L’un des blogueurs les plus sévères, habituel pourfendeur des pseudo-sciences en médecine, reproche à Maiken Nedergaard d’avoir été « trop enchanté par la cour qu’elle fait à l’acupuncture, pour mettre l’accent sur ce qui est le véritable résultat et l’utilité potentielle de ses découvertes ». Utilité qui est : l’injection d’adénosine pourrait avoir un effet bénéfique sur le traitement de la douleur.

Au lieu de cela, regrette ce même auteur, les chercheurs risquent plutôt de demander —et obtenir— des fonds pour étudier la façon de planter ou de tourner les aiguilles, ce qui a été fait maintes et maintes fois.