Devant les diverses études scientifiques et affirmations contradictoires des spécialistes de tout acabit sur les changements climatiques, les citoyens devraient user de leur esprit critique et poser des questions aux autorités et aux scientifiques pour y voir plus clair et comprendre les véritables enjeux.

C’est le consensus auquel sont arrivés les trois invités réunis récemment pour un débat organisé par les deux Écoles d’été en éducation et en développement durable de l’Université Laval. La question à débattre : « À qui doit-on se fier pour comprendre les changements climatiques? »

Claude Villeneuve, biologiste et professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi, affirme d’emblée que la science ne peut pas tout expliquer. « Il reste des inconnus dans la compréhension et la modélisation des phénomènes climatiques. Il est donc impossible de faire des prévisions qui se tiennent. » Selon lui, vaut mieux se méfier des scientifiques trop sûrs d’eux-mêmes et plutôt se tourner vers ceux qui tiennent compte des incertitudes.

« Nous devons nous fier à nous-mêmes, à notre entendement, à notre plaisir de réfléchir comme acteur politique et social », répond pour sa part Valérie Albe, physicienne de formation et professeure à l’École normale supérieure de Cachan en France. Elle affirme qu’il faut vivement questionner ceux qui se disent spécialistes. « Il ne faut pas les lâcher. Un peu comme l’enfant qui demande sans cesse “pourquoi?” et “comment?” » Selon cette didacticienne des sciences, il faut examiner les questions plutôt que s’abreuver de constatations alarmistes.

Philippe Le Prestre, professeur à l’Université Laval et directeur de l’Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société, abonde un peu dans le même sens. Étonné de la confiance aveugle qu’ont les gens en la science et en l’intégrité de la mesure, il soutient qu’il est nécessaire d’adopter une attitude critique envers toute forme de savoir et d’expertise. « Il faut apprendre à raisonner et reconnaître que chaque discours cache des valeurs légitimes. Chacun essaie de faire adopter son concept et ses techniques et voit le monde à travers son propre prisme, ses perceptions. »