Les amateurs de plein air qui croient ne jamais être livrés à eux-mêmes grâce aux technologies sans fil, multiplient les imprudences.

Un récent article du New York Times faisait le bilan des comportements étranges, voire dangereux, que développent certains visiteurs des parcs nationaux américains, à cause de l’usage de plus en plus répandu des appareils portables. Ce « bêtisier » va du plus cocasse — un randonneur transi qui appelle les Rangers sur son cellulaire pour commander un chocolat chaud au sommet d'une montagne — au plus tragique — un jeune qui meurt dans les rapides du Colorado pour filmer une vidéo extrême destinée à un concours sur internet.

De ce côté-ci de la frontière, on est loin de la cote d'alerte dans le réseau de la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ) : par exemple, moins de dix interventions de ce type en un an au parc national de la Gaspésie, seulement quelques appels de randonneurs au 911 depuis le parc national du Bic.

Mais, « ça commence » : pour François Boulanger comme pour Herven Holmes, les directeurs de ces parcs, deux facteurs expliquent l'émergence de ces incidents d'un nouveau genre. D'une part, un public plus large et moins aguerri attiré par la médiatisation des activités de plein air; d'autre part et surtout, l'habitude d'obtenir de l'assistance immédiate via les téléphones cellulaires et autres ordinateurs de poche — que ce soit pour se faire livrer une pizza ou demander l'aide de la police.

La réalité est tout autre à l'extérieur des villes, prévient M. Boulanger, surtout au Québec où la densité humaine est beaucoup plus faible qu'aux États-Unis : peu ou pas de couverture cellulaire dans de larges pans de la province, et très rarement dans les parcs ; ensuite, même si un randonneur en difficulté parvient à communiquer, il se trouve souvent dans un endroit difficilement accessible, où les secours peuvent mettre plusieurs heures. Les hélicoptères de la sécurité civile sont rares, et leurs interventions, très coûteuses.

« Un téléphone satellite ne marchera pas non plus si la couverture nuageuse est trop épaisse », explique encore M. Boulanger. Idem avec le GPS qui, même s'il fonctionne, est souvent très mal utilisé : dans de nombreux cas, les personnes égarées ont oublié de noter leur position de départ, n'ont pas mis en mémoire des cartes assez précises ou ne connaissent pas le système de coordonnées de leur appareil. De plus, si un GPS grand public peut donner la direction à prendre, il ne renseignera pas sur la nature du chemin : plaine ou paroi abrupte, sentier ou marais impraticable?

« Être équipé d'un cellulaire ou d'une balise ne dispense donc jamais d'une bonne préparation et d'une bonne connaissance des risques liés à l'isolement en milieu naturel. Les gens sont de plus en plus déconnectés de cette réalité, et de la nature en général », conclut M. Boulanger. Il tempère cependant : les dangers d'une activité de plein air menée de façon responsable, dit-il, ne sont pas plus grands que de rouler en auto. « La probabilité d'un accident n'est pas plus élevée, mais l'éloignement des secours rend les conséquences possibles plus graves. »