Pas assez de lits, pas assez de médecins, pas assez d’hygiène. Pourtant, la science sait presque tout du choléra : elle sait comment le combattre et comment limiter sa progression dans une population. Le problème en Haïti, n’est pas un déficit de connaissances.

Les chiffres officiels grossissent sans cesse depuis le 21 octobre : 500 morts, un millier, 1500... Et les épidémiologistes répètent à l’unisson que le pire pourrait être à venir. Selon l’estimation du coordonnateur humanitaire de l’ONU en Haïti, Nigel Fisher, le 24 novembre : peut-être 200 000 malades d’ici la fin de l’année, 425 000 d’ici six mois, avec le sommet de la courbe qui serait atteint autour de Noël.

Parce que la bactérie responsable du choléra bénéficie depuis un mois des conditions idéales : de l’eau contaminée, côtoyant une population très nombreuse, vivant dans des conditions d’hygiène déplorables, avec un système immunitaire affaibli.

Rien de tout cela n’est nouveau pour un médecin : la bactérie responsable du choléra a été identifiée pour la première fois en 1854, puis confirmée en 1884. Dès le début du 20e siècle en Inde, on démontre qu’on peut réduire considérablement le taux de décès (de 60 à 30%) en réhydratant les patients par intraveineuse. Parallèlement, on constate qu’il est possible de décontaminer l’eau avec du javellisant. Aujourd’hui, en Asie, on réduit le taux de mortalité à moins de 1%. En ce moment en Haïti, les estimations, très incertaines, donnent des taux de mortalité variant entre 5 et 10%; il est possible que les violences des derniers jours aient empiré la situation, en retardant l’arrivée d’une partie de l’aide humanitaire, ou en empêchant des malades de se rendre jusqu’aux centres de soins.

Par ailleurs, on sait tout du mode de transmission de la bactérie : elle se propage par les matières fécales —et de là, par l’eau contaminée— et tous les services médicaux de la planète qui ont été confrontés à une telle épidémie savent que d’isoler la population touchée, ou isoler les sources de contamination, ou les deux, permet presque infailliblement de mettre fin à la progression de l’épidémie. Dans les mots du Dr Unni Krishnan, coordonnateur de l’ONG Plan International :

Combattre [le choléra] n’est pas de la grande science. C’est une maladie facile à prévenir et la plupart des gens récupéreront parfaitement, si on les réhydrate simplement et rapidement, en plus d’un traitement dans les cas critiques.

Mais comment isoler près d’un million de personnes entassées dans 1300 camps de fortune, sans toilettes ni égouts dignes de ce nom, la science ne dit rien là-dessus.