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La science des partis

Rob Annan, le 15 avril 2011, 15h50

(Agence Science-Presse) Serez-vous surpris d’apprendre que le mot « science » ne revient qu’en une vingtaine d’endroits dans les programmes des cinq principaux partis canadiens? Vingt, sur près de 400 pages? Et que le seul parti à défendre le droit de parole des scientifiques fédéraux est... le Bloc québécois?

La science des partis
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La science des partis

Les plus volubiles sur la science et l’environnement sont les libéraux, qui sont les seuls à soutenir explicitement la recherche fondamentale (celle que « le secteur privé, plus intéressé par la rentabilité et le rendement, n’entreprendra pas adéquatement »). Et alors que les changements climatiques semblent devenus un sujet tabou (l’environnement a été totalement absent des deux débats), les libéraux (comme tous les autres, sauf les conservateurs) proposent une bourse du carbone et veulent faire du Canada un chef de file dans la lutte contre le réchauffement.

Mais c’est le Bloc qui se porte le plus vigoureusement à la défense d’une science basée sur des faits :

Le Bloc Québécois considère que les politiques énergétiques et environnementales doivent s’appuyer sur des faits solidement démontrés par la science plutôt que sur des idéologies à courte vue. Il mettra tout en œuvre pour que les scientifiques puissent communiquer directement avec les médias sans être censurés et sans risque de représailles.

Pour les scientifiques, d’ordinaire prompts à réclamer une totale liberté dans leurs choix de recherche, une surprise vient sans doute de la plateforme électorale du Parti Vert qui annonce qu’il abolirait le financement de la recherche sur l’énergie nucléaire et le génie génétique.

Quant aux conservateurs, leurs détracteurs ne seront pas surpris que le mot « science » n’apparaisse que pour soutenir une stratégie du numérique... et un comité de la chasse dont la mission sera de fournir au gouvernement des conseils basés sur « une solide science ». L’environnement revient plus souvent : il est notamment question de la sécurité des produits ménagers, d’un investissement dans les technologies environnementales et de l’agrandissement du Parc Nahanni, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Voici un résumé des promesses plus spécifiques à la recherche dans les plateformes des cinq partis.

Parti conservateur

On parle de recherche en neuf endroits (77 pages), mais d’abord pour rappeler des gestes déjà posés. Quant aux promesses, ce sont celles du budget du mois dernier : 50 millions à l’Institut Périmètre de physique de Waterloo (Ontario), soutien à l’Institut national d’optique de Québec, financement spécial à un nouveau fonds sur le cerveau.

La plateforme conservatrice évoque par ailleurs un travail en cours, qui pourrait avoir un impact sur une future politique : un groupe de travail qui examine les investissements fédéraux en recherche de manière à faire des recommandations pour qu’ils « produisent des résultats ».

Parti libéral

Le programme met beaucoup l’accent sur une concentration des efforts autour de trois « secteurs champions » : « ressources propres », santé et biosciences, technologies numériques. Ces secteurs obtiendraient une attention accrue à travers tous les ministères. Le parti propose également de ramener les programmes d’aide à l’innovation sous un seul parapluie, sous une forme qui reste toutefois à préciser.

Il est par ailleurs question d’accroître les investissements en recherche lorsque la situation économique s’améliorera, et de ramener le recensement long.

Nouveau parti démocratique

Avec seulement 26 pages (contre 87 pour les libéraux) il ne reste pas beaucoup d’espace pour la science. On note la promesse de soutenir la recherche et la commercialisation des technologies vertes, notamment à travers la vente d’obligations vertes, de même que le retour du recensement long.

Parti Vert

Leur document offre le contenu chiffré le plus détaillé sur la recherche, parmi les cinq partis. Mais surtout en environnement : la recherche en santé est à peine mentionnée. Par contre, c’est le seul parti qui fait allusion aux trois organismes subventionnaires, dont il veut accroître le budget de 15% par année pendant quatre ans.

Outre la promesse de couper dans le nucléaire (450 millions$ sur trois ans) et le génie génétique (300 millions sur trois ans), les Verts veulent soutenir la recherche sur les effets néfastes des nanomatériaux et interdire l’expérimentation animale dans les recherches militaires et sur les cosmétiques.

Bloc québécois

Bien qu’il mentionne souvent la recherche pour souligner les atouts du Québec, il est le seul des cinq à suggérer aussi fort que la recherche en entreprise soit soutenue par le fédéral: crédit d’impôt, modification au régime de brevets pharmaceutiques, aide au secteur aéronautique (« le Bloc réclame une véritable politique aéronautique fédérale »), investissements dans la recherche sur la voiture électrique et les biocarburants de deuxième génération... Le soutien à la recherche est décrit comme un moyen pour contribuer à la sortie de la crise économique. « Le Québec pourrait occuper une place enviable dans l’économie postpétrolière, puisqu’il serait à la fois moins vulnérable aux crises pétrolières et pourrait exporter de la technologie de pointe ».

par Rob Annan et Pascal Lapointe